A l’occasion du Sommet de l’OTAN organisé à Chicago les 20 et 21 mai derniers, le Président de la République nouvellement élu, François Hollande, a annoncé à ses partenaires alliés sa décision d’anticiper le retrait des troupes combattantes françaises d’Afghanistan, et ce conformément à sa promesse de campagne. Un désengagement français d’ici la fin de cette année, soit un an avant la date qu’avait prévue son prédécesseur Nicolas Sarkozy et deux ans avant celui du reste des forces de l’OTAN dont l’Allemagne.
Ce retrait anticipé présenté par François Hollande devant les troupes françaises le 25 mai dernier sera un véritable défi logistique. L’envoi de matériels de la France vers l’Afghanistan et leur accumulation depuis 2001 promet d’être un véritable casse-tête pour les militaires. Ce ne sont pas moins de 1 400 containers d’armes et de munitions, 14 hélicoptères, des canons, des systèmes de surveillance et de transmission qui devront être acheminés vers la France. Oui, mais où ?
Des questions se font jour, notamment chez certains syndicats du Ministère de la Défense, qui s’interrogent profondément, et à juste titre, sur la capacité de stockage des quelques unités ayant « survécu » à la mise en place de la carte militaire depuis juillet 2008. Car il faudra bien que le matériel rapatrié soit stocké quelque part. Certains d’entre eux évoquent même l’idée que ce matériel pourrait être stocké temporairement dans un pays allié proche de l’Afghanistan ! Idée saugrenue ? Les prochains mois nous diront beaucoup sur la capacité de stockage réelle de nos bases de Défense qui connaissent de véritables difficultés financières depuis leur récente mise en place.
A la difficulté logistique, s’ajoutera la question du coût de ce retrait. Car il y a aura un coût à la fois pour ce rapatriement de matériels mais aussi pour « l’après ».
Si la France, en pleine élection législative, n’a pas encore dévoilé au grand public l’impact budgétaire de ce repli, l’Allemagne semble prendre légèrement les devants. On peut même observer sur ce sujet une certaine effervescence au pays de Goethe, même si le retrait de la Bundeswehr d’Afghanistan ne devrait pas intervenir avant la fin 2014 conformément à ses engagements.
ARD, première chaîne publique télévisée, a diffusé en ce sens le 9 mai dernier dans ses « Tagesthemen » (voir le thème Abzug der Bundeswehr ) un reportage tout à fait intéressant et révélateur des difficultés qu’attendent les Nations otaniennes dans les mois à venir.
Selon le journal allemand, la Bundeswehr devrait faire décoller un container toutes les 7 minutes pour permettre de rapatrier d’ici la fin 2014 tout son matériel (soit 1 600 véhicules et 6 000 containers ). La seule voie possible serait la voie aérienne car toutes les autres voies sont quasiment impraticables. Une sortie par voie terrestre par l’Ouzbékistan serait également exclue dans la mesure où la frontière entre ce pays et l’Afghanistan est fermée depuis avril dernier. Seule solution donc : la voie aérienne. Quel coût ? 250 000 € le vol, d’après ARD ! Qu’en sera-t-il pour le rapatriement du matériel des autres armées otaniennes alors que 75 % du matériel de l’OTAN est placé dans des zones placées sous l’autorité de la Bundeswehr ?
L’impact sur le budget de la Défense allemande et sur les ménages d’un pays qui est en pleine cure d’austérité depuis la mise en place de l’Agenda 2010 imaginé par le Chancelier social-démocrate de l’époque, Gerhard Schröder, ne sera pas neutre alors même que les élections fédérales de 2013 majeures pour Angela Merkel et les chrétiens-démocrates se profilent à l’horizon.
Une députée du Bundestag (FDP) spécialiste des questions de Défense, Elke Hoff, qui était, il y a un mois encore, en Afghanistan, n’hésite plus à parler du rapatriement du matériel de la Bundeswehr comme d’un futur « scandale au Bundestag » (« Bundestagsskandal »). Si la députée demande à ce qu’un mandat spécial soit donné pour cette « mission délicate » de retrait, elle estime également que la Bundeswehr aura besoin de logisticiens pour la mise en place du départ d’Afghanistan dont la mission devra être sécurisée par des soldats.
La facture risque donc d’être salée dans la mesure où il faudra ajouter aux frais liés au rapatriement de matériel le maintien de quelques soldats formateurs et la dotation annuelle de l’Allemagne pour faire fonctionner les forces de sécurité afghanes une fois la coalition otannienne partie. Selon des estimations rapportées par la Süddeutsche Zeitung, l’Afghanistan devra débourser 4,1 milliards de dollars par an pour sa sécurité. L’Afghanistan, seul, ne pourra pas payer. Les « Alliés » seront ainsi mis à contribution une nouvelle fois en plus du lourd tribut humain payé par leurs armées. Si l’Allemagne envisage une contribution de 150 millions d’euros, François Hollande s’est bien gardé à la veille des élections législatives françaises de faire une quelconque annonce lors du dernier Sommet de l’OTAN, l’engagement français depuis 2011 ayant déjà coûté, faut-il le rappeler, 2,31 milliards d’euros aux contribuables et ayant vu 83 soldats français et 53 soldats allemands tombés sans compter leurs nombreux camarades blessés.
Alors, quel sera finalement le coût du départ d’Afghanistan pour la France et pour l’Allemagne dont les comptes publics restent plombés ?
Au moment où le Président de la République souhaite mutualiser les dettes des pays laxistes de la zone Euro avec la création d’Eurobonds au détriment des pays plus rigoureux comme l’Allemagne, ne serait-il pas judicieux de voir la France et l’Allemagne coopérer sur le dossier afghan pour mutualiser non par leurs dettes mais leurs moyens et le coût du rapatriement de leurs matériels respectifs et au final maîtriser les dépenses ? L’exemple ! Voilà ce que l’on est en droit d’attendre des deux pays fondateurs de la Brigade franco-allemande et de l’embryon d’armée européenne. L’exemple ! Rien que l’exemple ! Il sera ensuite temps de faire le bilan de ces dix années passées en Afghanistan mais aussi d’espérer que le départ des troupes de l’OTAN ne s’accompagne pas d’un retour de la terreur islamiste pour les pauvres populations afghanes. Si tel devait être le cas, la présence de l’ISAF aura été un véritable gâchis, un scandale, une honte indélébile pour les pays occidentaux.
Ce retrait anticipé présenté par François Hollande devant les troupes françaises le 25 mai dernier sera un véritable défi logistique. L’envoi de matériels de la France vers l’Afghanistan et leur accumulation depuis 2001 promet d’être un véritable casse-tête pour les militaires. Ce ne sont pas moins de 1 400 containers d’armes et de munitions, 14 hélicoptères, des canons, des systèmes de surveillance et de transmission qui devront être acheminés vers la France. Oui, mais où ?
Des questions se font jour, notamment chez certains syndicats du Ministère de la Défense, qui s’interrogent profondément, et à juste titre, sur la capacité de stockage des quelques unités ayant « survécu » à la mise en place de la carte militaire depuis juillet 2008. Car il faudra bien que le matériel rapatrié soit stocké quelque part. Certains d’entre eux évoquent même l’idée que ce matériel pourrait être stocké temporairement dans un pays allié proche de l’Afghanistan ! Idée saugrenue ? Les prochains mois nous diront beaucoup sur la capacité de stockage réelle de nos bases de Défense qui connaissent de véritables difficultés financières depuis leur récente mise en place.
A la difficulté logistique, s’ajoutera la question du coût de ce retrait. Car il y a aura un coût à la fois pour ce rapatriement de matériels mais aussi pour « l’après ».
Si la France, en pleine élection législative, n’a pas encore dévoilé au grand public l’impact budgétaire de ce repli, l’Allemagne semble prendre légèrement les devants. On peut même observer sur ce sujet une certaine effervescence au pays de Goethe, même si le retrait de la Bundeswehr d’Afghanistan ne devrait pas intervenir avant la fin 2014 conformément à ses engagements.
ARD, première chaîne publique télévisée, a diffusé en ce sens le 9 mai dernier dans ses « Tagesthemen » (voir le thème Abzug der Bundeswehr ) un reportage tout à fait intéressant et révélateur des difficultés qu’attendent les Nations otaniennes dans les mois à venir.
Selon le journal allemand, la Bundeswehr devrait faire décoller un container toutes les 7 minutes pour permettre de rapatrier d’ici la fin 2014 tout son matériel (soit 1 600 véhicules et 6 000 containers ). La seule voie possible serait la voie aérienne car toutes les autres voies sont quasiment impraticables. Une sortie par voie terrestre par l’Ouzbékistan serait également exclue dans la mesure où la frontière entre ce pays et l’Afghanistan est fermée depuis avril dernier. Seule solution donc : la voie aérienne. Quel coût ? 250 000 € le vol, d’après ARD ! Qu’en sera-t-il pour le rapatriement du matériel des autres armées otaniennes alors que 75 % du matériel de l’OTAN est placé dans des zones placées sous l’autorité de la Bundeswehr ?
L’impact sur le budget de la Défense allemande et sur les ménages d’un pays qui est en pleine cure d’austérité depuis la mise en place de l’Agenda 2010 imaginé par le Chancelier social-démocrate de l’époque, Gerhard Schröder, ne sera pas neutre alors même que les élections fédérales de 2013 majeures pour Angela Merkel et les chrétiens-démocrates se profilent à l’horizon.
Une députée du Bundestag (FDP) spécialiste des questions de Défense, Elke Hoff, qui était, il y a un mois encore, en Afghanistan, n’hésite plus à parler du rapatriement du matériel de la Bundeswehr comme d’un futur « scandale au Bundestag » (« Bundestagsskandal »). Si la députée demande à ce qu’un mandat spécial soit donné pour cette « mission délicate » de retrait, elle estime également que la Bundeswehr aura besoin de logisticiens pour la mise en place du départ d’Afghanistan dont la mission devra être sécurisée par des soldats.
La facture risque donc d’être salée dans la mesure où il faudra ajouter aux frais liés au rapatriement de matériel le maintien de quelques soldats formateurs et la dotation annuelle de l’Allemagne pour faire fonctionner les forces de sécurité afghanes une fois la coalition otannienne partie. Selon des estimations rapportées par la Süddeutsche Zeitung, l’Afghanistan devra débourser 4,1 milliards de dollars par an pour sa sécurité. L’Afghanistan, seul, ne pourra pas payer. Les « Alliés » seront ainsi mis à contribution une nouvelle fois en plus du lourd tribut humain payé par leurs armées. Si l’Allemagne envisage une contribution de 150 millions d’euros, François Hollande s’est bien gardé à la veille des élections législatives françaises de faire une quelconque annonce lors du dernier Sommet de l’OTAN, l’engagement français depuis 2011 ayant déjà coûté, faut-il le rappeler, 2,31 milliards d’euros aux contribuables et ayant vu 83 soldats français et 53 soldats allemands tombés sans compter leurs nombreux camarades blessés.
Alors, quel sera finalement le coût du départ d’Afghanistan pour la France et pour l’Allemagne dont les comptes publics restent plombés ?
Au moment où le Président de la République souhaite mutualiser les dettes des pays laxistes de la zone Euro avec la création d’Eurobonds au détriment des pays plus rigoureux comme l’Allemagne, ne serait-il pas judicieux de voir la France et l’Allemagne coopérer sur le dossier afghan pour mutualiser non par leurs dettes mais leurs moyens et le coût du rapatriement de leurs matériels respectifs et au final maîtriser les dépenses ? L’exemple ! Voilà ce que l’on est en droit d’attendre des deux pays fondateurs de la Brigade franco-allemande et de l’embryon d’armée européenne. L’exemple ! Rien que l’exemple ! Il sera ensuite temps de faire le bilan de ces dix années passées en Afghanistan mais aussi d’espérer que le départ des troupes de l’OTAN ne s’accompagne pas d’un retour de la terreur islamiste pour les pauvres populations afghanes. Si tel devait être le cas, la présence de l’ISAF aura été un véritable gâchis, un scandale, une honte indélébile pour les pays occidentaux.

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