Une unité de la Brigade franco-allemande à Metz ?



Une unité de la Brigade franco-allemande à Metz ?

Dans le cadre de la refonte de notre carte militaire, le Président de la République et le Gouvernement avaient initialement décidé de rapatrier nos trois derniers régiments présents en Allemagne : le 16ème Bataillon de Chasseurs de Saarburg, le 110ème régiment d'infanterie de Donaueschingen et le 3ème régiment de hussards d'Immendingen. Ces deux derniers appartenant à la Brigade franco-allemande (BFA).

Cette idée avait suscité cet été de vives protestations en Allemagne au plus niveau politique dans la mesure où cette idée de rapatriement avait été interprétée comme une volonté du côté français de mettre fin à la Brigade franco-allemande créée en 1987 (installée en octobre 1989) par Helmut Kohl et François Mitterrand. Curieuse proposition au moment même où la France souhaitait faire de l’Europe de la Défense une priorité de sa Présidence de l’Union européenne.

Face à ce tollé, la Chancelière Angela Merkel avait proposé « un partage différent » dans la répartition des unités de la brigade franco-allemande. Ainsi, la Chancelière avait proposé qu’une unité de la Bundeswehr fût stationnée sur le territoire français (d’une caserne délaissée par l’Armée de Terre selon le Ministère de la Défense), sans pour autant préciser laquelle, en échange du maintien de tout ou partie du 110ème Régiment d’Infanterie à Donaueschingen. Elle avait réaffirmé cet été encore la nécessité de conserver la BFA qui est un noyau d’une politique de sécurité et de défense européenne.

En proposant un partage différent avec la venue éventuelle d’une unité de la Bundeswehr dans l’Est (la région n’est pas précisée) de la France, la Chancelière Merkel prend un sérieux risque politique. En effet, l’Allemagne commencera cet automne à rentrer dans une longue campagne électorale. (Outre les élections européennes de juin et les élections législatives fédérales de septembre, certains Länder auront d’autres élections. La Sarre par exemple qui aura les élections municipales en juin, et les élections pour la Diète régionale le 30 août également.) Ce risque politique se situe au sein même du parti de la Chancelière, la CDU. 

Un certain nombre de ses membres mènent en effet actuellement campagne dans le Bade-Würtemberg contre le départ non seulement d’une unité allemande de la Brigade franco-allemande mais aussi des unités françaises composant la BFA (110ème Régiment d’Infanterie de Donaueschingen et le 3ème de Hussards d'Immendingen). Le Ministre-Président du Land (CDU) Günther Öttinger rappelle régulièrement que son Land va subir également le départ de près de 3 000 GI’s et personnels américains du fait du redéploiement du Commandement américain en Europe. Inutile de dire que les politiques allemands ne laisseront pas partir les unités de la BFA en France sans garantie ou compensations surtout à la veille d’élections majeures pour la Chancelière et son gouvernement de coalition. 

Néanmoins si la proposition d’Angela Merkel avait été relativement bien perçue côté français cet été, le Ministre de la Défense n’a pas caché les intentions françaises de revitaliser les unités européennes existantes (1) estimant qu’il ne peut être acceptable que l’Allemagne refuse de voir la BFA participer aux opérations extérieures (2).

Or aujourd’hui les choses semblent peu à peu évoluer. 

Lors du dernier conseil franco-allemand des ministres qui s’est déroulé à Paris le 24 novembre dernier, le Président de la République Nicolas Sarkozy et la Chancelière Angela Merkel ont à nouveau évoqué l’avenir de la Brigade franco-allemande.

Selon le porte-parole du gouvernement fédéral allemand, Thomas Steg, la partie allemande serait prête sur le principe à ce qu'on stationne en France des éléments de la BFA, y compris des forces allemandes. La Chancelière a dit qu'elle était prête à ce que des soldats allemands soient stationnés en France.

D
ans son blog sur Libération, le journaliste Jean-Dominique Merchet affirmait quant à lui, dans la lignée des déclarations de la Chancellerie, que Metz pourrait être la ville retenue pour accueillir une petite unité (sans doute un bataillon) allemande de la Brigade franco-allemande à moins que cela ne soit Strasbourg où se trouve actuellement l’Etat-Major de l’Eurocorps. Bitche (Moselle) et Commercy (Meuse), qui vont perdre toutes deux leur régiment d’artillerie (57ème et 8ème RA), et dont on avait parlé un temps pour accueillir une unité de la BFA, seraient ainsi quasiment écartées.

S
i l’on peut se réjouir de la venue d’une unité de la BFA, même allemande, le terme « petite unité allemande » prête à sourire ou à faire grincer les dents.

A travers l’installation d’une petite unité de la BFA, on souhaite ainsi compenser la perte de plusieurs milliers de personnels de la Défense à Metz par l’arrivée d’une des unités allemandes de la BFA disposant de quelques dizaines d’hommes ? Metz « absorbe » en effet plus de 10% des restructurations militaires en France avec le départ de 7 000 personnels de la Défense ! Si les discussions devaient aboutir, soit le Bataillon d’Artillerie 295, soit le Bataillon de chasseurs 292 ou soit la Compagnie du Génie blindé 550 seraient alors concernés par une « délocalisation » à Metz. 

Obtenir l’arrivée d’un bataillon (3) ou d’une compagnie n’est rien par rapport au départ d’un régiment français. Il faut plusieurs bataillons ou compagnies pour faire un régiment. Par conséquent, ce n’est pas une unité allemande qui devrait être transférée à Metz ou en Lorraine pour pallier le départ d’un régiment mais plusieurs. Et pourquoi pas les deux régiments français de la BFA  puisque l’Elysée souhaite les rapatrier ? A moins que l’Allemagne n’envisage de délocaliser un régiment de la Bundeswehr sans relations avec la Brigade franco-allemande, ce qui ne serait pas sans poser de problèmes en Moselle où le poids du passé et des « malgré-nous » reste toujours très présent. Reste à savoir si le poids du passé sera plus important que l’apport financier dont pourront bénéficier les collectivités.

Ce transfert d’unité, s’il devait être confirmé, serait réalisé à l’occasion du 20ème anniversaire de la BFA en octobre 2009. 2009 où l’on célébrera à Baden-Baden les 60 ans de l’OTAN ainsi que le retour de la France au sein du Commandement intégré de l’OTAN. Baden-Baden, ville symbolique franco-allemande, qui avait assisté, il y a 10 ans, au départ des dernières Forces françaises stationnées en Allemagne. 2009 sera vraiment un drôle de jubilé, hein Chef ?!

Gregory Dufour
Président du Cercle Esprits de Défense 

(1) Euromarfor, Cors européen et Brigade franco-allemande
(2) à un moment il faut savoir ce que l’on veut : soit on considère que cette brigade fait partie  des capacités opérationnelles de l’Europe, et il faut accepter qu’elle puisse être envoyée en opérations extérieures. Soit vous considérez qu’on est dans le symbole, et excusez-nous : quand on ferme des régiments en France, l’ère des symboles, ça va bien. » Hervé Morin cité dans le Point.fr le 24 juillet dernier
(3) Un bataillon regroupe plusieurs compagnies





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