La participation des femmes aux conflits et notamment le tribut qu’elles durent payer plus particulièrement durant la deuxième guerre mondiale et notamment dans des régions annexées comme l’Alsace et la Moselle reste aujourd’hui encore trop méconnue. Et pourtant des lieux de mémoire existent, rappelant ainsi l’engagement de femmes dans la résistance face à l’occupant nazi. C’est le cas en Lorraine, à Metz, où 68 femmes furent incarcérées au n°2 en Chandellerue entre 1940 et 1944.
Pour transmettre leur histoire, le Souvenir français de Metz, présidé par le Dr. André Masius, avait organisé le 25 novembre dernier lors de la journée nationale des violences faites aux femmes, l’inauguration d’une stèle en présence de nombreuses autorités (et notamment de Dominique Gros, Maire de Metz et membre d’honneur du Cercle Esprits de Défense) et de délégations de scolaires de l’Ecole de La Salle, du lycée Fabert et du collège Taison.
Discours du Président du Souvenir français de Metz à l’occasion de l’inauguration :
" Monsieur le Maire,
Monsieur le Lieutenant-colonel Lebot représentant le Général Péran, Gouverneur de Metz,
Monsieur Thierry Pincemaille, directeur de l’Office national des Anciens Combattants représentant M. le Préfet, Mme Nouria Boggio, déléguée régionale aux Droits des Femmes et de l’Egalité, Mme Patricia Chauviré, directrice du Centre de Peines Aménagées de Metz,
Mesdames et Messieurs représentant les autorités, Mesdames et Messieurs les Elus,
Madame Louise Decastille, M. Philippe Berthol et Mme Jacqueline Poinsignon,
Mesdames et Messieurs représentant les organisations féminines ou œuvrant pour les femmes dans notre société, représentant les associations patriotiques, de la mémoire, d’histoire,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeau,
Mesdames et Messieurs les enseignants, les élèves et les chefs d’établissements,
Nous sommes réunis ici en ce moment grâce à l’initiative prise par M. Philippe Berthol, ici présent, qui a su rassembler les énergies et les concours nécessaires pour que ne tombe pas dans l’oubli un très sombre épisode, de 1940 à 1944, de la vie de ce qui fut la Prison de Femmes de La Madeleine.
Son projet soutenu par le Souvenir Français, aboutit aujourd’hui grâce à la volonté du Maire de Metz que nous devons remercier vivement. Nous devons remercier aussi vos services, comme également les bénévoles du Souvenir Français mais aussi remercier les élèves et les professeurs des classes de CM1 et CM2 de Mme Duval et de M. Kintzing de l’Ecole De La Salle, de la classe de Mme Heip du Collège Taison et les lycéennes du Lycée Fabert, ainsi que leurs chefs d’établissements M. Frédéric Willers pour De La Salle, M. Roger Michels pour Taison, et pour Fabert : M. Christophe Klein, proviseur-adjoint et M. Thierry Kany, Conseiller Principal d’Education et correspondant Mémoire. Il faut remercier aussi les historiens qui ont permis la bonne préparation de cette manifestation : M. René Bastien, M. Sébastien Wagner, M. Claude Spitznagel.
Mesdames et Messieurs, Chers Enfants et Adolescents,
La plaque que M. le Maire dévoilera dans quelques instants et que M. Philippe Berthol lira, a été posée ici ce matin pour rappeler au passant des temps à venir que durant la dernière guerre mondiale des femmes ont été ici privées de leur liberté et détenues dans des conditions misérables, parfois pour de simples paroles mais aussi pour beaucoup pour des actes courageux, altruistes, patriotiques, de refus d’un état de fait imposé par la force. Elles l’ont fait au mépris du danger, au péril de leur vie, pour certaines dans l’enthousiasme de leur très jeune âge.
En cette année 2010 notre Grande Cause Nationale est "les Violences faites aux Femmes". Ce 25 novembre précisément est "la Journée Internationale pour l’Elimination des Violences Faites aux Femmes". Cette période aussi est la période-anniversaire de la Libération de notre Ville de Metz en 1944.
La guerre n’est pas simplement une affaire d’hommes, elle n’est pas qu’affaire d’hommes, d’ailleurs elle ne l’a jamais été. Et les femmes sont pendant les guerres souvent, trop souvent, amenées à payer deux fois voire trois fois le prix de la folie guerrière :
Outre que ce sont les mères, les épouses, les fiancées qui attendent anxieusement, la peur sous la peau, jour après jour, le retour en bonne santé ou blessé, ou la nouvelle de la mort d’un être cher au combat, ou en camp, tout en vaquant aux choses de la vie quotidienne, en tentant de leur mieux de sauver la face, de faire bonne figure à leur entourage , à ceux qui sont restés au foyer.
Ce sont aussi celles qui côtoient l’horrible au quotidien : je veux évoque pour exemple les Dames de Metz qui se sont dévouées pendant de le siège de Metz de 1870 auprès des milliers de blessés et de mourants.
Les femmes dans la guerre ce sont aussi ces femmes citoyennes, militantes actives, combattantes, et, dans la Résistance particulièrement, à part entière avec les hommes.
Au-delà des 68 malheureuses qui ont été détenues ici, nous rendons hommage aujourd’hui à toutes les "femmes de la guerre" avec la participation active des élèves des école, collège et lycée parce que nous voulons croire que toutes ces souffrances n’auront pas été inutiles et que grâce aux efforts des générations actuelles et à venir la paix ne sera pas un vain mot.
Il n’a pas été possible de retrouver les noms des 68 personnes incarcérées ici. Ce nombre a été cité par un historien. Je voudrais évoquer trois figures, trois figures significatives :
Madame Natalie-Victoire Berthol, la mère de M. Philippe Berthol, qui est avec nous : elle a été détenue durant huit mois à l’âge de 42 ans pour avoir fait passer des évadés vers la zone libre. Son mari a été détenu au Grand Séminaire pour les mêmes faits. Leur commerce a été fermé. De sa détention, elle ne disait rien, sauf que les cloches de l’église St Martin, proche, maintenait en elle l’espoir.
Madame Marie- Louise Berg, la mère de Mme Jacqueline Poinsignon, ici présente, internée dix mois en 1942 à l’âge de 27 ans pour intelligence avec des "ennemis du Reich et du peuple en Lorraine". Ses parents, Pierre et Marguerite Berg, étaient cultivateurs à Ste Marie aux Chênes, soit à la limité de la zone annexée : les trois aînés de la famille, Louise, Victor et Pierre, ont caché et fait passer de nombreux évadés.
Madame Marie-Louise Decastille aurait pu être avec nous mais le mauvais temps est certainement la cause de son absence. Selon nos sources elle a été arrêtée pour avoir donné une lettre à un passeur, M. Rudeau. La nourriture quotidienne était faite d’un morceau de pain et de soupe. Le dimanche c’était des pommes de terre à l’eau. Arès avoir été incarcérée au Grand Séminaire elle a été transférée en Chandellerue. Ses journées étaient remplies par des travaux de couture et de broderie. Depuis cette époque, elle ne supporte plus d’être dans l’obscurité. Merci, Madame, c’est à vous aussi que nous devons de vivre libres dans le pays que nous avons et dont nous sommes fiers.
Chers Enfants,
Nos aînés se sont battus, ils ont souffert, ils ont risque leur vie, ou sont morts pour défendre la Liberté, ce bien le plus important sur terre qu’il tenait de leurs parents. L’ensemble des parents, des pères des enfants d’un pays s’appelle la Patrie : le patriotisme c’est l’amour de ce que nous tenons de nos parents tous réunis, c’est-à-dire tout d’abord la Liberté, liberté d’aller et venir, liberté de penser, liberté de choisir. Cette liberté malheureusement est menacée par les guerres.
Si certaines personnes, comme moi, qui sont nées après la dernière guerre mondiale n’ont connu aucune guerre depuis plus de 60 ans (du moins sur notre territoire "métropolitain"), c’est grâce à eux, à ceux qui ont souffert ou qui sont morts pour la Patrie.
Alors quel est notre rôle à nous, quel est votre rôle à vous ?
A nous et à vous de construire la PAIX. La paix n’est pas simplement l’absence de conflit, un bien dont on jouit passivement mais c’est un bien que l’on cultive, que l’on construit jour après jour, tout le temps : cela demande d’avoir essentiellement le respect de l’autre, celui qui n’a pas la même tête, la même langue, la même religion, Cela demande même de vouloir sincèrement son bien, son épanouissement, autant que le sien propre dans le respect mutuel, les uns des autres dans le respect strict de la Liberté de tous. C’est le principe de la démocratie, c’est le principe de notre République.
Lorsque vos professeurs vous parlent d’histoire, ils vous parlent de choses vraies qui ont été les choses de la vie de tous les jours à certains moments. Apprenez à détester ces choses horribles. Chacun de nous doit savoir au fond de lui ce qu’il fera si un jour la Liberté et la Patrie sont à nouveau en danger. Mais surtout notre devoir, à tous, est de chérir la Paix, de chérir l’entente entre tous les hommes, avoir l’amour de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité."

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