Témoignage d'une maman à propos de la JAPD organisée à Hambourg le 7 juin 2008



Témoignage d'une maman à propos de la JAPD organisée à Hambourg le 7 juin 2008

Il est 10h30, M. le Consul Général vient d'arriver et prend enfin la parole alors que plus de 100 jeunes de 17 ans et leurs parents ainsi qu'une vingtaine de militaires attendent depuis 8h45 (la convocation est pour 9h) ce samedi matin dans un amphi de l'Université militaire de Hambourg.

Je suis aux anges : 20 ans me séparent de mon dernier dîner avec des parachutistes (La revue « Debout les Paras », les yeux du Colonel Romain Desfossés, inoubliables) ou des légionnaires, toutes ces uniformes et ces médailles sont autant de madeleines de Proust.

Coup de tonnerre dans ma rêverie : "Nous sommes à peu près dans les délais, nous pouvons donc commencer", dit M. le Consul Général. Et moi qui m'attendais à ce qu'il présente de plates excuses pour 1h30 de retard, je suis consternée. Je suis encore plus gênée pour tous ces gosses à qui l'Allemagne enseigne la politesse des rois et que le représentant de la France vient d'essuyer d'un grossier revers de manche.

La JAPD, qu'est-ce que c'est? Ça veut dire Journée d'appel de préparation à la défense. Le service militaire a été suspendu par Chirac, depuis lors filles et garçons font leur demi-journée de JAPD et « youp la ! », ils sont prêts à défendre leur patrie (1).

Il s'agit du premier contact officiel avec l'administration à l'approche des 18 ans. Pour être convoqué à la JAPD, il faut avoir fait sa démarche de recensement (2). Et si on déménage, on doit le déclarer. Cette démarche est une obligation (3) lorsqu'on est de nationalité française, car participer à l'appel de préparation à la défense est un devoir. « En cas d'absence de recensement dans les délais l'intéressé est en irrégularité. Il ne peut notamment pas passer les concours et examens d'Etat (par exemple, le baccalauréat). »

Je regarde ces jeunes qui sont dans la salle qui ont été recensés puis convoqués par la France. Ils se sont levés tôt et sont arrivés à l'heure. A peine un tiers est au lycée français de Hambourg : la classe de Première et quelques élèves de Seconde qui loupent le bac blanc de ce samedi matin. Qui sont les autres ? Habitent-ils Hambourg ou viennent-ils de loin, par exemple Brême ou Kiel ? On m'a dit qu'au moins un tiers chaque année ne parle pas du tout français … C'est vrai, je le constate à leur regard perdu et quand tout le monde se lève « pour l'entrée des couleurs » et la Marseillaise, je traduis vite fait en allemand à une mère à ma droite qui le répète à sa grande fille à sa droite. Le Colonel français nous gronde : nous ne connaissons pas notre hymne national. En fait, il a l'air plus désabusé qu'en colère.  C'est vrai que de la salle, nous chantons « aux armes citoyens » moins fort que les quelques 20 militaires et officiels.

Le Consul Général fait la présentation du rôle du Consul (20 minutes) et donne les noms des 2 élus qui se sont déplacés de Francfort (1 minute), puis le Colonel donne la parole aux militaires : ma rêverie reprend… Ils sont jeunes, ils sont beaux… (Il sentait bon le sable chaud ?).

Il me faut louer la qualité des intervenants militaires : ils sont là pour partager la passion de leur carrière, raconter leur cursus et ils le font bien. Ils insistent tous sur la différence entre Marine (70% de la planète), Armée de Terre (30% qui restent) et de l'Air (Espace incontesté). On nous passe des films bien faits avec de la musique sympa et de beaux paysages, on nous montre la coopération franco-allemande, on nous rappelle le devoir de mémoire, un peu d'histoire et un peu de géopolitique, beaucoup de chiffres (Saviez-vous qu'un char Leclerc coûte 1,5 million ?), de l'information intéressante mais même pour nous adultes francophones, ce n'est pas aisé de suivre.

A un moment quand même, raconter la deuxième guerre mondiale comme si l'Armée française était sortie gagnante contre les méchants Allemands, ca me gêne un peu. Ce n'est pas cette belle institution qui a collaboré à partir de 1940, renié Charles de Gaulle parti se battre aux côtés l'Anglais, fusillé les étudiants et lycéens parisiens qui se sont rebellés et traité les résistants comme des terroristes jusqu'à la Libération ? Avec tout le respect que je vous dois, il y a un manuel d'histoire commune qui sort justement cette année, pour que cette partie de l'histoire soit une responsabilité partagée. Je ne vois pas trop pourquoi les officiels de France célèbreraient plus qu'en Allemagne une guerre franco-allemande qui était officiellement terminée en 1940. C'est la France des « terroristes » et l'Europe démocrate tout entière aidée par les Américains et les Russes qui a gagné en 1945, pas la France « des officiels ».

Je regarde mes jeunes français non francophones et ils ont l'air de s'accrocher mais inquiets. Les lycéens francophones quant à eux, s'avachissent lentement. Ils sont concentrés mais pas convaincus.

Une fois seulement, l'équilibre s'est inversé : c'est quand le grand militaire allemand parle en allemand. Là, c'est nos Lycéens qui se regardent entre eux et enfin les non francophones (jeunes et parents) qui ont les yeux qui brillent. Il explique avec une voix douce qu'en Allemagne, ce n'est pas une histoire de fierté comme en France. S'il y a devoir de mémoire, c'est que la Bundeswehr n'ayant pas d'autre référence historique que celle laissée par la défaite, n'a de raison d'être qu'en coopération avec l'ONU, l'OTAN et l'union européenne pour le maintien de la paix. Il s'agit d'assurer une force de dissuasion.

Le Colonel tient le rythme et nous dit qu'il y aura du temps pour les questions après la pause de midi. On découvre que M. le Consul doit partir plus tôt car il a un déjeuner. D'ailleurs, il ne cache pas sa joie. (Il déjeunera avec d'autres officiels franco-allemands sur le bateau français qui nous est proposé à la visite à 15h) Tant mieux, me dis-je, parce papoter avec son voisin de gauche pendant les présentations, c'est casse-pied pour les autres qui essaient d'écouter. Les gamins ne sont pas forcément ceux qu'on a convoqués. Le Consul répète qu'il est sur place, à Hambourg, pour nous et pour protéger nos droits. Mon Colonel le remercie et conclut par un « alors on est bien protégé ». Il m'est de plus en plus sympathique.

Midi, 30 minutes de pause : On découvre qu'il n'y aura rien à manger pour nous, pas même une croûte de pain et du saucisson, parce que l'armée n'a pas de budget, nous répète un Colonel l'air contrarié. Je me demande quand même ce que « budget » implique car on est quand même dans une université militaire, et il doit y avoir une cafét' pas chère. Le Colonel a annoncé la machine à sandwichs mais on ne trouvera qu'un distributeur de barres chocolatées. En plus, on est dans la pampa… peut-être est-ce le premier test de survie ? Il est vraiment sympa le Colonel, il propose de partager son sandwich. Les gosses comprennent plus vite que leurs parents : La Dame de l'accueil (Ambassade de France) semble tout aussi dans l'embarras que les parents qui demandent où aller si on sort de l'université ; certains sont venus de loin, en fait tous ceux qui n'habitent pas Hambourg même, pour accompagner leur petit binational à cette convocation. Elle répond qu'elle ne connaît pas les environs parce qu'elle vient de Berlin. Merci Madame. Les jeunes - pas manchots - sortent en petits groupes. Interrogé, un jeune militaire annonce en allemand que la pause dure un ¼ d'heure de plus pour nous permettre de sortir. On a de la chance ! Il fait beau. Et puis pas le temps de s'attarder sur la responsabilité de l'administration quand des mineurs convoqués sont abandonnés à eux-mêmes dans la pampa, parce que dans 30 minutes on reprend.

A la machine à café, un militaire galant paie le café à sa collègue. J'en profite aussi, merci ! Sur ce café qui me sert de déjeuner, je repense à ce que j'ai lu sur le site Internet de la Défense « Les sessions d'appel de préparation à la défense à l'étranger sont aménagées en fonction des contraintes du pays de résidence. » (4) Et moi qui croyais qu'en Allemagne, premier pays de l'Union, on n'aurait peu de contraintes mais c'était oublier que grâce à l'infrastructure allemande notre vie est devenue particulièrement confortable. Peut-être y a-t-il un message subliminal et je me dis « le confort, c'est bien connu, ça rend mou ». Soudain Denise, ma grand-mère, et son « il faut souffrir pour être belle » qui devient « faut souffrir pour être français », apparaissent et éclaircissent ma songerie.

A 13h, on reprend. Les métiers de l'Armée, toujours aussi intéressant. Le Colonel demande en français s'il y a dans la salle des gens qui ne comprennent pas le français. Pas de réponse (Et si on posait la question en allemand et tout au début de la matinée ???) Le militaire allemand prend la parole pour la seconde fois, en français donc... malheureusement. Pour boucler à 14h, on n'aura une seconde pour poser ses questions. Pourquoi ne suis-je pas surprise de voir qu'il n'y a pas de question ? Pour la majorité de ces jeunes, voilà donc le premier contact qu'ils ont avec l'administration française. Est-ce qu'on ne peut pas faire mieux ?

Je propose sur le vif :
1) Demander leur avis aux pédagogues des lycées français d'Allemagne, qui eux sont confrontés aux binationaux dans la réalité et arrêter de faire semblant de tout savoir.
2) Mettre en place une communication bilingue et faire un pas vers les binationaux et autres Français de l'étranger.
3) Budgéter un casse-croûte (si l'Armée est tellement fauchée, suggérer une vraie participation du Consulat ? Association de parents ?)


Une Maman francophone dont le mari est allemand.

(1) http://www.defense.gouv.fr/sga/votre_espace/jeunes_et_japd/japd/japd
(2)
http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F870.xhtml
(3)
Code du Service National, article R111-1 :
« Tous les Français sont tenus, entre la date à laquelle ils atteignent l'âge de seize ans et la fin du troisième mois suivant, de souscrire à la mairie de leur domicile une déclaration mentionnant leur état civil, leurs domicile et résidence, leur situation familiale, scolaire, universitaire ou professionnelle, notamment en vue de leur participation à l'appel de préparation à la défense et, le cas échéant, de leur appel sous les drapeaux. Lorsqu'ils ne peuvent effectuer personnellement cette démarche, elle peut l'être par leur représentant légal. »

(4)
http://www.defense.gouv.fr/sga/votre_espace/jeunes_et_japd/recensement/japd_francais_residant_a_l_etranger






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