Retour sur le colloque "les expulsés mosellans durant 1939-1945"



Retour sur le colloque "les expulsés mosellans durant 1939-1945"
Dans la mémoire collective, la question des populations déplacées  en Moselle, en France et en Europe durant 1939-1945, reste encore aujourd’hui peu connue. Pire elle tombe petit à petit, et de plus en plus, dans l’oubli. 

Face à ce constat, la Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains, le Lycée de La Salle, le Souvenir français de Metz et l’Office national des Anciens combattants de Moselle ont organisé le 26 mars dernier à Metz  leur colloque annuel sur le thème « Les populations déplacées en Europe, les populations évacuées, l’accueil des évacués, les populations expulsées : le cas particulier de la Moselle 1939-1945 ». Durant près de trois heures, des interventions brillantes ont permis d’aborder et de rappeler des faits.

La deuxième guerre mondiale a été le conflit le plus meurtrier de l’Histoire : plus de 50 millions de morts, cinq fois plus que la Grande Guerre. En Europe, le bilan fut particulièrement terrible : 36,5 millions de morts, l’équivalent de la population totale de la France avant la guerre.

De très nombreuses populations ont été expulsées en Moselle.

Les zones rouge et bleue
Les zones rouge et bleue
Si les premiers départs s’effectuent à partir du 1er septembre 1939, l’organisation de l’évacuation a vu le jour dès l’entre deux-guerres. En 1926, tenant compte de plusieurs données, notamment du déficit démographique consécutif au premier conflit mondial, l’état-major français décidait d’adopter une stratégie militaire défensive vis-à-vis du voisin allemand. Cette dernière se traduisit dans les faits  par l’élévation, entre 1929 et 1936, d’une ligne fortifiée connue sous le nom de « la ligne Maginot ». Si la présence de cette ligne se voulait rassurante pour bon nombre de Français, sa situation géographique mettait en revanche en péril le devenir de nombreux Alsaciens et Mosellans. En effet, par soucis d’éviter tout incident diplomatique avec l’Allemagne, il avait été décidé que cette ligne défensive serait édifiée à une dizaine de kilomètres à l’intérieur des frontières.

La ligne Maginot allait donc couper la Moselle (30% de la Moselle se trouve entre la ligne Maginot et la frontière allemande) en deux parties et servir de délimitation entre la zone avant ou zone rouge – c'est-à-dire la partie en avant et sur la ligne dont l’évacuation débutera dans les fait dès le 1er septembre 1939 -  et la zone arrière, pour laquelle une évacuation n’était pas immédiatement nécessaire et qui allait s’effectuer de manière concomitante à l’offensive allemande de mai-juin 1940.

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Afin de préserver la population de ces communes, les autorités politiques et militaires, s’appliquèrent donc à élaborer durant l’entre-deux guerres plans et instructions devant permettre d’organiser l’évacuation et le transfert de la population de ces deux zones dans des départements dits de « correspondance ». Ces derniers furent pour la Moselle, la Vienne et la Charente et, dans une moindre mesure, la Charente inférieure (actuellement Charente-Maritime), auxquels il faut ajouter, par suite de modifications des plans initiaux, la Côté d’Or, le Puy de Dôme, la Saône-et-Loire, la Corrèze,… pour la deuxième vague de mai de 1940. Un certain nombre de Mosellans furent quant à eux réquisitionnés dans le cadre de leur profession et dirigés vers d’autres départements, tels que le Pas de Calais, la Loire…

Au total, ce sont près de 300 communes sur les 765 que comptait alors le département de la Moselle qui seront concernées par les deux vagues d’évacuation de 1939-1940.

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302 732 personnes, soit 45% des Mosellans (contre 1/3 pour les Alsaciens) durent évacuer leurs maisons - qui seront pour une grande partie d’entre elles pillées par des habitants de villages ou communes non évacués ou par les troupes françaises de passage ou stationnées non loin de la ligne Maginot - leur territoire, leur région, à pied, avec leurs charrettes et, pour les plus chanceux, en autobus ou en train, emportant aucun objet de valeur dans les 50 kg d’effets personnels autorisés à emmener avec eux. 50 kg pas plus. Des effets personnels laissés souvent sur le quai d’une gare faute de places. Une évacuation particulièrement difficile entre leurs communes et leurs premières destinations : difficultés pour se rassasier, difficultés accentuées pour ceux se déplaçant à pied  à cause du relief.

A leur arrivée en zone non-occupée, ces Mosellans réfugiés furent confrontés à d’autres difficultés matérielles cette fois (logement, travail,…). Pour surmonter ces difficultés, ils se regroupèrent au sein d’organisations spécifiques telles que le Groupement des Expulsés et Réfugiés Alsaciens Lorrains. Ils publièrent leurs propres journaux et se rassemblèrent lors de cérémonies et fêtes. Ces organisations joueront un rôle important après la fin de la guerre notamment dans la reconnaissance de leur statut.

Poupées laissées sur le quai d'une gare
Poupées laissées sur le quai d'une gare

Si de très nombreux Mosellans furent évacués, 200 000 reviendront après la défaite.

Annexés sans préavis en juillet 1940 et intégrée au Gau Wesmark avec la Sarre et le Palatinat, la Moselle fera l’objet d’expulsions massives de tous les éléments qui ne semblaient pas sûr au Gauleiter Bürckel. On parlera de 84 000 expulsés de juillet à novembre 1940.

L’expulsion de Mosellans, représentant 1% des populations déplacées en Europe durant la deuxième guerre mondiale, marquèrent le début des quatre années d’occupation nazie, une occupation terrible. Quatre années d’annexion, d’embrigadements de force dans la Wehrmacht sur le front russe (les malgré-nous), de privation, de souffrances physiques et morales avant que le retour de la Liberté fût effective fin 1944.








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