Plaidoyer pour la réserve citoyenne



Plaidoyer pour la réserve citoyenne

Créée par la loi du 22 octobre 1999 (1) la réserve citoyenne a pour objet selon l’article L 4241-1 du Code de la défense « d'entretenir l'esprit de défense, de renforcer le lien entre la Nation et ses forces armées et de fournir, sous certaines conditions, les renforts nécessaires à la réserve opérationnelle ». Elle constitue, avec la réserve opérationnelle, une des deux composantes de la réserve militaire. L'appartenance à la réserve citoyenne s'inscrit dans le parcours citoyen qui permet à tout Français et à toute Française de contribuer à la défense de la Nation (2).

Le réserviste citoyen ne sert pas sous statut militaire et les activités qu’il peut accomplir dans le cadre d’activités définies par l’autorité militaire s'effectuent en qualité de collaborateur bénévole du service public.

Volontaire agréé par l'autorité militaire, le réserviste citoyen est recruté parmi les anciens militaires d’active, réservistes opérationnels ou appelés du contingent mais aussi parmi les membres de la société civile, sans expérience militaire préalable.

L’instruction ministérielle n°459 décline les domaines dans lesquels le réserviste citoyen peut manifester son soutien aux armées : actions visant à renforcer l'esprit de défense, aide au recrutement de l'active et de la réserve, aide à la reconversion et au reclassement des anciens militaires, actions d'information au profit de la défense…

Le réserviste citoyen agrée par l’autorité militaire se voit attribuer à titre honorifique un grade en fonction de certains critères tels que son âge, sa notoriété, son niveau de responsabilités professionnelles, publiques ou électives, sa proximité avec la défense (passé militaire, IHEDN)…

Selon le rapport d’évaluation des réserves, il y avait au 31 décembre 2007, 14 962 réservistes citoyens dans les armées et les services, chiffre qu’il convient de relativiser car la Marine nationale (12414 réservistes citoyens) décomptait à cette date d’office les anciens disponibles dans la réserve citoyenne. On était donc plus proche de 3 000.

Des réservistes au service du lien armée-nation 
La réserve citoyenne a été imaginée pour participer au maintien du lien armée-nation et de l’esprit de défense au moment où les citoyens français n’ont plus été associés, à travers le service national, à la préparation de la défense du pays (3). En une décennie, aux notions d’impôt et de citoyen-soldat se sont substituées celles de volontariat et de professionnel. A la suspension du service national décidé par le Président de la République en 1996 s’ajoute, révision générale des politiques publiques oblige, la moindre présence territoriale des armées, même là où elle faisait traditionnellement corps avec la population, son terroir, son patrimoine, ses élites et ceci depuis des décennies, parfois des siècles (4).

Heureusement, les Français sont encore attachés à leur armée. Nos familles sont encore marquées par les lourds sacrifices qu’elles ont concédés à la défense de la Nation : l’héroïque fantassin de Verdun était paysan, ouvrier, instituteur, curé parfois seulement militaire de carrière (5). Notre esprit ne peut pas avoir oublié ces terribles épreuves dans lesquelles la France a perdu ses forces vives (6). N’oublions pas la Résistance, et plus près de nous, n’oublions pas non plus que la moitié des tués de la guerre d’Algérie étaient des appelés et des rappelés, des civils en somme. Les rescapés de ce conflit sont les pères des quinquas et les grands pères des adolescents d’aujourd’hui. Comment la tragique histoire de plus d’un million de nos contemporains (7) pourrait-elle disparaître et ne pas marquer notre conscience collective ? Notre histoire plaide pour un lien presque charnel entre la France et son armée.

Cependant, malgré Valmy, malgré Verdun, malgré les Aurès… le risque que le lien entre les armées et la nation se distende est réel.

L’armée commence à ne plus faire partie du patrimoine vivant de nos terroirs (8).

La défense d’un pays est-elle seulement une affaire technique ou une affaire de cœur ?

Qui va entretenir l’esprit de défense si ce n’est ceux qui l’ont toujours incarné dans ce pays, ses citoyens ?

L’entretien du lien armée-nation et de l’esprit de défense n’est pas seulement une nécessité pour les armées, c’est également un devoir dû à ceux qui se sont sacrifiés pour la défense de notre pays, défense qui a été assumée jusqu’à présent par ses citoyens en armes.


La réserve citoyenne : innovation forte ou idée extravagante sans avenir ?
Cette définition audacieuse de la « deuxième réserve » a émergé du débat parlementaire ainsi que son nom évocateur et au combien conforme à l’esprit de défense de notre pays (9). 

La réserve citoyenne ne peut évidemment pas prétendre à l’exclusivité dans le domaine complexe du maintien de l’esprit de défense. Mais elle peut néanmoins se prévaloir d’être un relai d’opinion efficace au service des forces armées et de la défense au moment où la compréhension de la chose militaire a tendance à s’affaiblir dans le pays.

En plus, la fin de la conscription et la moindre présence des militaires sur le territoire pourraient engendrer une tendance à l’isolement intellectuel et social des armées : à un pays ne se reconnaissant plus dans son armée pourrait répondre une armée découplée de la nation. Sans qu’il soit besoin de développer, les risques que pourrait engendrer la tendance à la confusion entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure imposent aux responsables militaires de conserver une vision réelle et équilibrée du pays (10).

Cependant, la réserve citoyenne qui fête cette année ses dix ans ne fait pas l’unanimité.

Ainsi, des groupes de travail du Conseil Supérieur de la Réserve Militaire (CSRM) sont régulièrement saisis à son sujet. Les rapports remis, favorables dans les grandes lignes au statu quo, sont classés et un autre groupe de travail ad hoc, remanié, est créé dans l’espoir inavoué, mais de plus en plus perceptible, d’obtenir une position franche et unanime préconisant que la réserve citoyenne ne doit plus appartenir à la réserve militaire. L’indigence du livre blanc sur ce sujet est surprenante et révélatrice en regard du nombre d’études réalisées sur le sujet ! Il est symptomatique que les travaux des différents groupes de travail ayant œuvré sur le sujet n’aient pas été consultés par les rédacteurs du livre blanc qui s’en tiennent à la sempiternelle et pauvre problématique du supposé manque de notoriété de la réserve citoyenne !


Conclusions
Que les mêmes questions reviennent de manière récurrente (notoriété, lisibilité…) bien qu’entre temps la situation de la réserve citoyenne ait évoluée sur le terrain, renvoie au non-dit : derrière les débats sur la réserve citoyenne se pose simplement le sentiment que peut faire naître chez certains le fait d’attribuer des grades honorifiques à des civils. Cette façon de faire a certainement été maladroite quant on sait la symbolique, mais aussi le travail personnel et la reconnaissance que représente la détention d’un grade en milieu militaire. Une appellation unique (11) et un quasi statut tel que celui des peintres des armées aurait certainement évité des vexations et des tensions inutiles.

Malgré ces anicroches, la nécessité de la réserve citoyenne n’est pas à démonter et de nombreux organismes et unités ne sauraient assurer l’ensemble de leur mission d’influence sans l’appui de réservistes citoyens. La réserve citoyenne doit rester une des composantes de la réserve militaire. La confondre comme semble l’entrevoir le livre blanc dans une vaste réserve interministérielle sans objet et sans but n’aurait guère de sens et ne servirait en rien l’esprit de défense qui ne doit pas être considéré à la légère. L’histoire de notre pays l’a suffisamment démontrée.

Benoit JEANNE
Directeur d’hôpital
Lieutenant-colonel de la réserve citoyenne du service de santé des armées
Membre du Conseil Supérieur de la réserve Militaire
Ancien auditeur de l’IHEDN

Cet article a également été publié dans la revue du juillet 2009 de l'Association "L'Epaulette" (www.epaulette.org)

Notes :
(1) Article 19 de la loi n° 99-894 du 22 octobre 1999 portant organisation de la réserve militaire et du service de défense.

(2) Selon l’instruction du 27 juin 2008 n° 459/DEF/CAB/CSRM/SP relative à la réserve citoyenne.

(3) L’article 19 de la loi n° 99-894 du 22 octobre 1999 portant organisation de la réserve militaire et du service de défense précise que la réserve citoyenne a pour objet d'entretenir l'esprit de défense, de renforcer le lien entre la Nation et ses forces armées et de fournir, sous certaines conditions, les renforts nécessaires à la réserve opérationnelle.

(4) L’institution militaire risque de disparaître du champ de vision des Français, La réforme des bases de défense va ramener la présence des armées à moins d’une centaine de sites contre plus de 450 aujourd’hui. Le lien mémoriel est également menacé si on envisage la suppression cette année par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (O.N.A.C.) des délégués départementaux à le mémoire combattante.

(5) Marc Bloch (1886-1944), L’étrange défaite, Témoignage écrit en 1940, Société des Éditions Franc-tireur, Paris, 1946, page 68 : « L’infanterie de Verdun et de la Somme était une armée de réservistes, dans ses rangs et, pour une large part, dans ses cadres. ». Historien français de réputation internationale, fondateur de la revue des Annales ; ce civil, ce citoyen soldat, était titulaire de 5 citations (14-18 et 1940). Résistant, arrêté, torturé, il a été exécuté le 16 juin 1944.

(6) Ainsi, ma famille reste attachée à la mémoire de deux de mes grands-oncles, l’un porté disparu en février 1915 et l’autre tué à Douaumont en mai 1916. Le drame d’une famille qui a perdu ses deux fils à la guerre ne s’efface pas en quatre générations.

(7) BO Sénat du 7 août 1986 : sur 1 747 927 personnes ayant servi en Afrique du Nord entre 1952 et 1962, 1 343 000 soit plus des ¾ étaient des personnels appelés ou rappelés.

(8) Quelle présence militaire à Toul aujourd’hui (mis à part la présence emblématique de l’enfant du pays, le général BIGEARD) ? Alors que la ville et sa population restent profondément marquées par leur rôle de sentinelle au service de la défense de la France : entre 1900 et 1998, 16 régiments y ont tenu la garnison et la ville a été le siège d’états-majors de corps d’armée et de division en 1914 et en 1939.

(9) Réserve de cœur et d'esprit, liens charnels et de réflexion, selon le président de la République devant le Conseil supérieur de la Réserve Militaire au Palais de l'Élysée, le vendredi 16 février 2001. Initialement dénommée « première » et « deuxième » réserve dans le projet de la loi 22 octobre 1999, les composantes de la réserve militaire ont été appelées respectivement « réserve opérationnelle » et « réserve citoyenne » lors de la discussion devant le Sénat, ces appellations permettant de mieux définir, selon les sénateurs, la vocation propre de ces deux ensembles. A cette occasion, le président de la commission des affaires étrangères saisie du texte devait dire : « La commission a enfin eu la volonté de souligner plus fortement (…) l'indispensable maintien du lien entre la nation et son armée, car notre armée, fût-elle professionnelle, doit rester celle du peuple français. (…) Ce sera en particulier la tâche de la seconde réserve qui garde, à nos yeux, un rôle important et que nous proposons dans cet esprit, monsieur le ministre, de baptiser du beau nom de « réserve citoyenne »(…) ». Je partage sans réserve ce point de vue : quel beau nom !

(10) Parfois, on peut constater, de façon marginale mais révélatrice, chez certains militaires d’active ou de la réserve opérationnelle, la tendance à développer une vision fantasmagorique des banlieues et à se créer un univers mental dans lequel un ennemi intérieur est pensé et des moyens d’action envisagés, tels le recours à des méthodes de « pacification ». Beaucoup de civils vivent, connaissent, travaillent quotidiennement dans ces banlieues, qu’ils aient un lien avec l’armée pour équilibrer les perceptions pourrait éviter l’installation de graves malentendus entre les armées et les citoyens. A ce titre, les réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté (RLJC), qui sont des réservistes citoyens, informent et accompagnent les jeunes dans leur parcours citoyen devraient retenir toute l’attention des pouvoirs publics et des armées.

(11) Comme par exemple « officier, sous-officier ou soldat honorifique des Armées ».



Benoit JEANNE




1.Posté par brangolo le 30/11/2009 18:28
Bonjour à vous , un petit commentaire sur la Réserve citoyenne, en attendant le oui ou le non de mon agrémentation, depuis peu un petit groupe fut constituer à la suite d' une premère sélection par un lieutenant -colonel, nous nous sommes réunis 3 fois en 1 an et 6 mois, moins que le début, j' ai à coeur de prendre part à cette aventure, mais bon, c' est le goupement qui doit décider pour la suite ! Toute candidature arrivée jusque là peut etre encore rejetée je présume, le sécrétaire de la dite Réserve m' a répondu qu' une réponse se ferait ? J'espère pour exalter les valeurs des anciens de ma famille (je pense à vous pour l' article de mon père FFI poche de Lorient à 16ans, Dc de ma mère entre temps) mes recherches sur les miens sont un moteur d'être un acteur de la réserve (je serai peut etre mis en réserve de la réserve ), le fait d' avoir retrouvé un Brangoulo Marcel dans les FFL , un autre Le Bourhis aviateur FFL (voir le site des Français Libres de Juin 1940 à 1943). Dans mémoires des hommes le site guerre 1914 1918, mon arrière grand père mort à 26 ans près de Soisson , étant un ancien du 67 RI (Soisson) autre deux cousins de mon arrère grand - père Brangolo tombés entre 1914 18, mais bon j' attends avec impatience cette réponse, bien à Vous Patrick

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