« La mémoire, c'est l'avenir du passé »
Paul Valéry in les Cahiers I
Au lendemain de l'hommage national rendu par la France à son au dernier poilu, Lazare Ponticelli, des députés tentent de faire adopter une loi1 qui permettrait, 70 ans après, d'indemniser les Alsaciens et mosellans enrôlés dans les formations paramilitaires allemandes du Reicharbeitsdienst (RAD) et du Krieghilfsdienst instituées en avril 1941 en Moselle et en mai 1941 en Alsace.
La plupart d'entre eux étaient des femmes âgées de 17 à 20 ans. 15 000 femmes envoyées de 1942 à 1945 en Allemagne pour remplacer les hommes aux champs, à l'usine, dans les administrations, mais aussi dans la défense antiaérienne. Ces «Allemandes de l'extérieur», comme les considérait Adolph Hitler, ont ainsi contribué contre leur volonté à l'effort de guerre du Reich. La menace de déporter leur famille si elles résistaient était pour elles une réalité quotidienne.
Si la France a surtout retenu la tragédie des «malgré-nous», ces 130 000 Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht (dont 30 000 trouvèrent la mort, pour beaucoup sur le front russe), le drame des femmes du RAD notamment, avait été jusque ici occulté.
Les malgré-nous ont été indemnisés dans les années 80 via la Fondation Entente franco-allemande avec 260 millions de DM en application de l'accord intergouvernemental du 31 mars 1981, les malgré-elles, quant à elles, ne l'ont pas été en grande partie à cause de l'hostilité de certaines associations importantes de malgré-nous qui ne souhaitaient pas mettre les malgré-elles au même « niveau » que les malgré-nous qui avaient eux connu le combat.
Face à cette situation, Jean-Pierre Masseret, alors Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, (actuel Président de la Région Lorraine et Sénateur de la Moselle), décide en 1998 de mettre en place un dispositif permettant de voir les malgré-elles enfin indemnisées. Ce sont alors près de 8 000 demandes émanant de malgré-elles qui sont envoyées au ministère de la Défense. Face à cette situation, et bien que le comité directeur de la Fondation entente franco-allemande approuve le principe d'une indemnisation des incorporés de force dans les formations paramilitaires allemandes, elle subordonne néanmoins son intervention à une participation financière de l'État. Faute d''inscription de crédits dans le budget du secrétariat d'État des anciens combattants pour l'année 1999, la réalisation de l'indemnisation des malgré-elles ne peut aboutir. Puis en mai 2003, au moment où la France et l'Allemagne célèbrent le 40ème anniversaire de la coopération bilatérale, le 12 mai 2003, une nouvelle réunion de travail sous la présidence du secrétaire d'État aux anciens combattants ne permet d'aboutir à une solution dans la mesure où la Fondation Entente franco-allemande revient sur sa position de 1998 et arguant, cette fois-ci, que ses statuts et son règlement intérieur ne lui permettent pas d'intervenir dans l'indemnisation des Reicharbeitsdienst-Krieghilfsdienst qui n'ont pas participé à des combats.
Dès lors, la situation n'a guère évolué depuis 5 ans.
Néanmoins alors que nous commémorerons en 2009 le 70ème anniversaire du début de la seconde guerre mondiale, des parlementaires proposent, enfin, un projet de loi pour trouver une solution 70 ans après les faits alors que nombre de malgré-elles survivantes ont 90 ans pour les plus jeunes !
Afin de régler ce contentieux, il est ainsi proposé :
• d'indemniser chaque ancien incorporé de force dans le Reicharbeitsdienst-Krieghilfsdienst qui n'aurait pas participé à des combats, et qui serait vivant au moment du vote de cette loi, à hauteur de 50 % de l'indemnisation perçue par les anciens incorporés de force ayant participé à des combats, c'est-à-dire, 695 €.
• d'indemniser les ayants droit des incorporés de force dans le Reicharbeitsdienst-Krieghilfsdienst qui n'auraient pas participé à des combats, qui auraient été recensés en 1998-1999 et qui seraient décédés depuis cette date, à hauteur de 25 % de l'indemnisation perçue par les anciens incorporés de force ayant participé à des combats, soit 348 €.
Le financement de l'indemnisation serait assuré pour une moitié par le budget de l'État et pour l'autre moitié par la Fondation entente franco-allemande.
Le Parlement doit absolument voter cette loi pour rendre hommage à toutes ces femmes, mais peut-être est-il trop tard. La France doit impérativement se réapproprier son Histoire, sa mémoire. Car un peuple sans mémoire est un peuple sans âme, comme le dit le dicton. Une plus belle occasion lui est donnée : elle prendra en effet la Présidence de l'Union européenne en juillet 2008.
1 http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion0596.asp