Les derniers poilus méritent des honneurs particuliers



Les derniers poilus méritent des honneurs particuliers

À la veille du 89ème anniversaire de l'armistice du 11 Novembre, la France ne compte plus officiellement que deux combattants de la Première Guerre mondiale encore en vie. Louis de Cazenave, né le 16 octobre 1897, et Lazare Ponticelli, né le 7 décembre 1897.

La disparition des derniers poilus ne saurait malheureusement tarder. La France, qui a su parfaitement gérer le suivi de la fonte de la dernière génération de la Grande Guerre, doit être capable de donner un sens à ces disparitions.

Le recensement des derniers poilus a été géré en trois étapes par le ministère des Anciens Combattants. En 1995, la décision d'attribuer la Légion d'honneur à chaque poilu a permis de fixer un premier ordre de grandeur : 2 250 poilus sont décorés sur un total d'environ 4 000 survivants.

Trois années plus tard, il est décidé de prolonger cette première initiative en attribuant la Légion d'honneur à tous les combattants alliés et coloniaux engagés sur le sol français : 1 178 décorations sont attribuées. Cette initiative est à la base des re­censements effectués dans chaque pays. Le 10 novembre 1998, le dernier combattant africain dé­cède la veille de sa remise de décoration.

L'Office national des anciens combattants prend le relais en 2001. Un suivi individuel de chaque poilu est effectué afin d'en faire des «buttes témoins» de la mémoire nationale : 188 poilus 2001, 85 en 2002, 50 en 2003, 22 en 2004, 10 en 2005, 7 en 2006, 2 en 2007.

Ce suivi personnalisé génère des centaines d'articles dans les médias nationaux et ré­gionaux. Ces articles suscitent l'in­térêt de l'opinion publique. Des sites Internet sont créés, dont l'excellent http://dersdesders.free.fr. Cet intérêt pour les derniers poilus est exceptionnel, alors que quatre nations seulement sont mobilisées autour de la mémoire de leurs derniers combattants : la France, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces trois dernières nations ont transformé leurs derniers combattants en socle de référence de leur identité nationale.

Systématiquement des vétérans de la Première Guerre mondiale ont été présents aux cérémonies annuelles organisées dans les trois lieux de mémoire identitaire de ces trois pays en France, Vimy pour les Canadiens, Villers-Bretonneux pour les Australiens et Le Quesnoy pour les Néo-Zélandais.

Dans chacune de ces trois nations, la disparition des derniers combattants est un événement national. Et la France, quel sens donnera-t-elle à la disparition de ses derniers poilus ?

En février 2004, le député de Verdun Jean-Louis Dumont suggère l'organisation d'un hommage national et une inhumation à Verdun. Le débat est lancé. Le 14 juin 2005, un lecteur du journal Libération interroge le Président de la République : Le der des ders de la der des ders aura-t-il droit à des funérailles nationales ?» 

Octobre 2005 : le groupe so­cialiste de l'Assemblée na­tionale propose l'organisation de funérailles nationales et l'inhumation à la nécropole nationale de Lorette.

Il est plus que temps d'y penser !

Le 15 novembre 2005, la sé­natrice Bernadette Dupont de­mande que soient organisées des funérailles nationales et qu'un hommage solennel soit rendu.

Le 10 décembre 2005, le Président de la République annonce que le dernier poilu de la Première Guerre mondiale sera inhumé lors «d'obsèques solennelles de portée nationale». 

Championne toutes catégories des funérailles officielles, la République française privilégie la solennité au risque de se voir refuser l'autorisation par la famille du dernier poilu.

La disparition des dernières buttes témoins de l'ère géologique de la Grande Guerre mérite plus qu'un instant solennel. Ces disparitions doivent être l'occasion de donner un sens à ce qui fut défini par Romain Rolland comme un «incompréhensible suicide de la jeunesse européenne» dont le général de Gaulle avait fait le point de départ d'une grande guerre civile de trente ans (1914-1944).

L'Union européenne est née sur les décombres de ces trente années de désastre. La France, qui se prépare à prendre la présidence de l'Union en 2008 (année du 90e anniversaire de l'Armistice) doit faire de cet événement un temps fort de pédagogie nationale et européenne. Il est plus que temps d'y penser.

Serge Barcellini
Président de l'Association Thémistocle
Maître de Conférence à Sciences-Po Paris



Gregory DUFOUR


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