Le service civique, promesse de campagne ?



Le service civique, promesse de campagne ?

La "reconquête du civisme" est à l'ordre du jour et pose la question de la transmission des valeurs républicaines, qui doit naturellement être exemplaire. Le service civique est présenté comme le levier de cette reconquête. Mais où est passée l'école ? Si la reconquête est nécessaire, c'est que la conquête a été un échec. Si tel est le cas, qui croira que quelques milliers d'animateurs d'un service civique seraient capables de remplir les pages blanches laissées par quelques centaines de milliers d'enseignants ?

Il est nécessaire de soutenir l'engagement au service de la collectivité. L'institut Montaigne a listé les domaines d'intervention d'un service civique européen : l'aide à la personne, l'action dans les quartiers défavorisés et les écoles, l'environnement, la protection civile, l'engagement humanitaire à l'étranger, la vie associative, le tutorat des jeunes. Cet inventaire recouvre de manière saisissante le secteur économique en émergence des services à la personne. Le gouvernement a favorisé ce secteur en mettant en place un dispositif destiné à rendre solvable les ménages français pour les inciter à consommer toujours plus de garde d'enfants et de soutien scolaire, d'assistance informatique à domicile ou d'aide aux personnes âgées ou handicapées. Pour la seule année 2006, 145 000 emplois ont été créés, 500 000 sont annoncés d'ici à 2008. Les services à la personne sont entrés dans l'économie marchande. Le service civique peut-il et doit-il être un "concurrent gratuit" sur ce nouveau marché ?

Enfin, le renforcement de la citoyenneté européenne est une formidable ambition. Ce projet de service civique européen concernerait potentiellement une classe d'âge de l'Union européenne, soit 6 millions de jeunes. Outre son exceptionnel coût - 60 milliards d'euros -, la question centrale reste celle de la compatibilité entre les missions que pourraient occuper les jeunes dans les différents pays européens.

Face à ces réalités, la mise en œuvre de cette promesse de campagne - six candidats à l'élection présidentielle, dont le président élu, se sont engagés - nécessite des idées simples et raisonnables :

La reconquête civique est d'abord l'affaire des enseignants. Il appartiendra à l'Etat de les inciter, de les encadrer et de contrôler les apprentissages. Deux points sont essentiels. Il n'y aura pas de (re) conquête civique sans l'apprentissage de l'histoire nationale. Il n'y aura pas non plus de (re) conquête civique sans l'apprentissage du civisme et de la civilité. L'acquisition des connaissances relatives aux droits et devoirs du citoyen, aux règles de la vie en commun, à l'entraide, sont de la responsabilité des enseignants. Si les "maîtres" ne sont plus les hussards noirs de la République, ni les chantres de la Révolution, il leur appartient d'être les tisseurs du "vivre ensemble".

La refondation des outils du lien armée-nation est nécessaire. L'enseignement de défense devrait être impérativement assuré dans tous les établissements par des binômes rassemblant un enseignant et un réserviste. La Journée d'appel des préparations à la défense (JAPD) devrait être totalement refondée. Construite sur une durée de cinq journées, en continu ou fractionnée, les cinq "journées de la citoyenneté" pourraient se décomposer en quatre journées consacrées au bilan individuel (bilan médical, bilan social, bilan des connaissances civiques, bilan des connaissances sur la défense) et une journée de synthèse. Ces bilans pourront servir à l'élaboration d'une politique de discrimination positive pragmatique. Les jeunes en situation difficile (analphabétisme, difficulté de lecture, mauvaise situation sanitaire, SDF...) pourront être détectés, épaulés et suivis, en particulier dans les établissements "défense - 2e chance".

Le militantisme associatif doit être favorisé. C'est à travers le militantisme associatif que les jeunes devraient s'investir au profit de la collectivité. Un objectif devrait être fixé. Chaque jeune Français devrait être engagé dans la vie associative d'"ouverture aux autres". Il appartiendra à l'Etat de favoriser cet engagement et de vérifier systématiquement sa réalité lors des journées de la citoyenneté. La réserve citoyenne devrait acquérir son autonomie. La refondation des outils du lien armée-nation repose essentiellement sur la mobilisation de la réserve citoyenne. La Loi a distingué deux réserves : une réserve opérationnelle, véritable réserve d'emplois pour les militaires, et une réserve citoyenne, chargée de participer au développement du lien entre la nation et son armée. La réserve opérationnelle est une réussite. La réserve citoyenne est un échec. Il serait donc nécessaire de séparer la gestion des deux réserves afin de réunir les dizaines de milliers de femmes et d'hommes mobilisables au service de la citoyenneté.

L'ambition européenne doit être au centre du projet de refondation du parcours de citoyenneté. Le projet de création d'un service civique universel européen est un projet ambitieux. Il appartient à la France de le porter en proposant, dans un premier temps, une inscription de l'enseignement de l'histoire de la construction européenne dans tous les parcours scolaires européens et une augmentation significative du nombre de stages Erasmus.

La direction du service national du ministère de la défense doit être refondée. Elle devrait avoir la responsabilité de gérer le nouveau parcours de la citoyenneté, ainsi que la réserve citoyenne. Elle jouera alors le rôle d'une véritable direction de la citoyenneté et du lien armée-nation.

Enfin, les armées doivent pouvoir gérer le défi de leur recrutement sans vampiriser les outils mis en œuvre pour le lien armée-nation. L'ensemble des collectivités publiques, et en particulier les collectivités territoriales, devra être mobilisé pour la réussite de ce défi.

La mise en œuvre de ces sept idées simples nécessite un budget raisonnable, en aucun cas comparable aux évaluations réalisées pour la création d'un service civique national (environ 5 milliards d'euros) et du service civique européen (60 milliards d'euros). Elles s'inscrivent dans une philosophie républicaine qui sauvegarde le lien entre l'armée et la nation en France, et demain en Europe. Sept idées pour concrétiser une promesse de campagne.

Serge Barcellini
Président de l'Association Themistocle
Maître de Conférence à Sciences-Po Paris









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