Le curieux hommage du Ministre français des Affaires étrangères au Général vietnamien Giap

Au Colonel (er) Francis Masset, des Troupes de Marine, résistant normand, ancien des Rhin et Danube, ancien d’Indochine, à son camarade Victor Legouy (†), engagé volontaire en Indochine après avoir survécu aux camps nazis (Auschwitz-Birkenau et Flössenburg), à leurs camarades tombés au champ d’honneur en Indochine ou morts en captivité dans les geôles vietminh



Le curieux hommage du Ministre français des Affaires étrangères au Général vietnamien Giap
Le 4 octobre dernier, le Général vietnamien Võ Nguen Giap décédait à Hanoï. Chantre avec Ho Chi Minh de la résistance face à l’occupation française en Indochine, il allait devenir l’un des grands artisans de la lutte contre la France avant de sévir dans le régime communiste totalitaire vietnamien suite au départ des Français puis après celui des Américains. S’il était incontestablement un stratège militaire, le Général Giap fut aussi, voire surtout, l’un des grands responsables de la mort en détention de milliers de soldats français et d’Indochinois dans les geôles vietminh (voir http://rha.revues.org/6925   et le site de l'Association nationale des anciens prisonniers internés déportés d'Indochine : http://www.anapi.asso.fr/index.php/les-chiffres ) . Que dire par la suite de sa responsabilité, en tant que dignitaire du régime communiste, dans la mort de centaines de "boat people" vietnamiens.

Son décès aurait pu passer inaperçu en France. Tel ne fut pas le cas.

Si le Parti Communiste français (PCF) publiait sur son site le 10 octobre une rétrospective de la carrière du Général Giap, le ministère français des Affaires étrangères publiait pour sa part sur son site internet le 5 octobre un  communiqué de presse (cf. photo) exprimant ni plus ni moins un hommage officiel du Ministre des Affaires étrangères au Général Giap.

Cet hommage de la part du chef de la diplomatie française peut paraître curieux voire totalement déplacé surtout à la veille du 60ème anniversaire de la commémoration de Dien Bien Phu et des Accords de Genève. Il peut choquer à juste titre non seulement les Anciens d’Indochine en particulier mais aussi l’ensemble de la Nation en général.

Au nom d’obscurs intérêts, la repentance semble de retour. Le mépris à l’encontre de ceux qui ont combattu pour la France également.

On savait que le conflit en Indochine n’avait jamais intéressé ni les politiques français, ni le gouvernement de Pierre Mendès-France de 1954 (dont faisait notamment partie François Mitterrand) de l’époque, ni les médias. Les soldats français, morts pour la France, ne les ont pas plus intéressés. Et pourtant que de braves morts dans l’indifférence, morts au champ d’honneur ou dans les camps d’extermination  des camarades vietminh du Général Giap.

La guerre d’Indochine a toujours été (et curieusement été) un sujet tabou pour la France qui aura honteusement attendu 51 ans avant de publier le décret n°2005-547 du 26 mai 2005 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine fixée au 8 juin de chaque année. Une date choisie non pas parce qu’elle correspondait à un fait d’armes, mais parce qu’elle correspondait au transfert, le 8 juin 1980, des cendres du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de « Notre Dame de Lorette » à Albain Saint Nazaire dans le Pas-de-Calais.

Que dire également du sort des dépouilles des 15 500 soldats français toujours en suspens depuis 1986 faute d’accord entre les autorités françaises et vietnamiennes malgré un protocole d’accord signé en 1986. (voir également http://www.i-defense.org/8-juin-journee-nationale-d-hommage-aux-Morts-pour-la-France-en-Indochine_a519.html )

Que dire enfin de l’incapacité politique et diplomatique de la France d’exaucer le dernier souhait du regretté Général Bigeard de voir ses cendres dispersées dans l’ancienne Indochine pour reposer pour l’éternité aux côtés de tous ses « p’tits gars » tombés en héros, mais dans l’indifférence générale, lors de la guerre en Indochine.

De leur vivant, les soldats français qui combattaient en Indochine sur ordre des politiques (il ne faut jamais l’oublier), n’étaient déjà que peu soutenus par les politiques et médias de l’époque (nos soldats qui ont connu l’Afghanistan l’ont-ils d’ailleurs été plus?), et notamment par certains élus de la République qui avaient choisi délibérément de soutenir les Vietminh plutôt que leurs propres compatriotes qui versaient leur sang pour la Patrie.

Aujourd’hui, 59 ans après la fin du conflit indochinois, la France n’en a toujours pas fini de panser ses plaies, restées ouvertes au fil du temps, des plaies toujours aussi douloureuses notamment pour les Anciens Combattants toujours en vie consternés par l’oubli collectif de cette guerre, consternés par cette absence de transmission aux plus jeunes générations, consternés par les propos d’un Ministre français qui rendent hommage à un bourreau.

Rendre hommage à un homme comme le Général Giap, c’est incontestablement tuer une seconde fois nos Morts d’Indochine, c’est jeter l’opprobre sur le Drapeau qu’ont porté avec gloire et fierté nos soldats. Si un ministre français se permet de rendre hommage au nom de la France à un homme comme le Général Giap, pourquoi ne pas craindre un jour qu’un hommage national soit rendu à un ancien dignitaire nazi, bourreau de dizaines de résistants ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu une condamnation à la fois politique et médiatique de cet hommage ? A croire que la définition d'un responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité n’est pas la même en fonction de la guerre dans laquelle on se situe. Un bourreau vietnamien est sans doute moins criminel qu’un bourreau nazi, soviétique voire syrien. A moins que certains aient la mémoire courte ou la mémoire volontairement sélective.

Mais, nous n’en serions sans doute pas là, nous ne serions pas dans cette méprisable repentance, si les Français connaissaient leur histoire ? Il faut espérer un sursaut national afin qu’ils ne mettent pas en pratique la célèbre citation du Maréchal Ferdinand Foch qui affirmait : "un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir". Le 60ème anniversaire de la commémoration de Dien Bien Phu, le Centième anniversaire de la Grande Guerre et le 70ème anniversaire de la Libération leur ouvriront peut-être et finalement les yeux.




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