Le Ministre de la Défense refuse l’expérimentation militaire proposée par Ségolène Royal



Hervé Morin, Ministre de la Défense
Hervé Morin, Ministre de la Défense

Dans le cadre de sa participation à l’élection présidentielle en 2007, Ségolène Royal avait proposé d’encadrer militairement les délinquants. Mardi 31 août, la Présidente de la Région Poitou-Charentes a ainsi écrit au Ministre de la Défense, Hervé Morin, afin de lui demander de tester l’encadrement militaire de délinquants au sein du régiment de La Rochelle, dont la fermeture prochaine est annoncée. 

La proposition de Ségolène Royal est très intéressante, même si elle ne saurait régler à elle seule l'ensemble du problème ou masquer les problèmes connus et reconnus d'éducation, de sécurité et de justice qui s’accroissent chaque année de plus en plus, sans que des mesures radicales ne soient mises en œuvre, faute, il est vrai, à des postures politiques et électoralistes et à un manque de volonté de courage politique.

La proposition de Ségolène Royal reste  néanmoins courageuse, une proposition qui mériterait d’être creusée.

La réponse, relativement sèche d'Hervé Morin, Ministre de la Défense, faite à la proposition de Ségolène Royal, sur France Info , peut choquer. Choquer car en déclarant que « c'est pas le boulot des militaires,… une armée, c'est fait pour assurer la sécurité du pays » que doit-on comprendre ?

L'armée est-elle vue par le ministre de la Défense comme une armée hermétique aux difficultés rencontrées en France ? Assurer la sécurité du pays ne se résumerait ainsi qu’à envoyer cette armée combattre des « maux » en Afghanistan, dans l’indifférence et l’incompréhension générale, et refuser que cette Armée, notre Armée, prenne sa part dans la lutte contre les « maux » dans notre propre pays ? La sécurité de la France ne commencerait ainsi pas dans notre propre pays ? Curieuse pensée de la part d’un ministre qui affirmait lors de l’université d’été de son parti, le Nouveau centre, qu’il regrettait ce sentiment d’abandon qui s’emparait du pays, ce doute qui s’emparait de lui sur notre capacité à nous redresser.  Or lorsque des propositions sont faites, y compris lorsqu’elles sont faites par un « adversaire » politique, il conviendrait de les étudier avant même de les rejeter d’un revers de manche, ne serait-ce que pour être cohérent avec des déclarations faites à la tribune d’une université d’été par exemple, et d’être respectueux à l’égard de l’autre, surtout lorsque l’on est ministre de la République.

A travers sa déclaration, Hervé Morin semblerait vouloir faire croire aux Français et aux militaires eux-mêmes que les personnels militaires professionnels du Ministère de la Défense (Gendarmes inclus) ne seraient là que pour partir en opérations extérieures.

O
r les militaires, en tant que "citoyens en uniforme", ont le droit mais aussi le devoir de prendre toutes leurs parts dans les difficultés rencontrées par la Nation aux côtés des autres ministères, collectivités, institutions. D’ailleurs, n'est-ce pas déjà ce qu'ils font dans le cadre d'opérations de protection civile ? Pourquoi n’en serait-il pas de même avec le soutien de la Défense à des projets en faveur de jeunes délinquants ?

Les Etablissements publics d'insertion à la Défense (
EPIDE ) pourraient être développés voire modifiés pour accueillir un public spécifique. Le service militaire adapté (SMA ), géré par le ministère de l'Intérieur, forme des jeunes en difficulté mais uniquement dans nos départements d’Outre-Mer. Ce SMA, qui est un véritable succès, pourrait être expérimenté en métropole. Des pistes existent.

Au-delà des débats et postures politiques, l’idée de Ségolène Royal est ainsi tout à fait intéressante.

Elle reste néanmoins tributaire de la réelle volonté de l’Etat français, du gouvernement et tout particulièrement du ministre de la Défense et du secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, tous deux actuellement fragilisés dans la perspective d’un remaniement ministériel automnal, de raviver radicalement un lien Armées-Nation qui se distend doucement mais surement, sans bruit, en silence, loin de préoccupations et agitations politiques qui n’intéressent plus en France que les premiers concernés.

Léon Blum disait (propos d'ailleurs rappelés dans l'intervention d'Hervé Morin à l'université d'été du Nouveau Centre) que « nous sommes convaincus jusqu’au fond de nous-mêmes que pendant que vous irez courir l’aventure, il faut quelqu’un qui reste garder la vieille maison où peut-être vous reviendrez un jour ».  La vieille maison, notre pays, où nos soldats, de retour d’opérations extérieures, aiment tant revenir. Qui gardera cette vieille maison, si celle-ci ne se retrouve plus gardée, au sens large, par sa propre armée ?







1.Posté par Asse42 le 02/09/2010 19:59
Bravo pour votre argumentation de bon sens. On a 150 000 soldats (?) présents sur notre territoire qui en attendant d'aller en opération faire la guerre au côté de l'empire pourrait remplir son service républicain auprès de la nation. Cela aurait aussi le mérite de mettre l'armée au contact des citoyens tout en rendant un service républicain au pays.
http://lesouffledivin.wordpress.com/2010/09/02/morin-repond-betement-a-royal/

2.Posté par JN le 04/09/2010 16:50
Bonjour,
Je suis ancien GAV, et avant mon arrivée en gendarmerie j'étais plutot anti militariste. 3 années passées à servir mon révélées beaucoup de choses sur moi même et le respect que j'ai pour ma nation et la république. Ce n'est pas un discours démago ni réactionnaire de ma part.
L'armée m'a apportée le respect des valeurs humaines, l'égalité des chances, la formation,la rigueur, les opportunités professionnelles et d'être ouvert aux autres. La cohésion, l'entraide et la force d'un groupe d'hommes et de femmes qui travaillent ensembles.
Retourné dans le civil, j'ai bien constaté que ces valeurs n'étaient pas trés communes, voire galvaudées largement. Proner le retour du service national ou civique, ce n'est pas être rétrograde et militariste au mauvais sens du terme, c'est offrir la possibilité de connaitre, cultiver, apprendre et developper les valeurs républicaines et égalitaires dont notre société et la jeunesse en manque de vrais repéres à besoin...L'armée n'est pas un système parfait, mais elle a au moins cette vertu de rassembler les individus autours de vraies valeurs nobles et qu'il faut perpétuer.

3.Posté par Luc BECKER le 04/09/2010 18:08
Bonjour,

Je regrette, mais le ministre à raison. Il faut connaître l'état de nos régiment et le taux d'activité très important des personnels d'active avant de répondre. Et quand on connaît la situation de notre armée de terre, il est clair qu'à budget constant on ne peut faire remplir des missions supplémentaires. Je précise que je suis réserviste et adjoint réserve dans un régiment des forces, je pense donc bien connaître l'état de nos forces armées. Il est important de savoir que quand une unité est en métropole, elle n'est pas en vacances, elle s'entraîne pour être projetée, généralement en OPEX, et ce sur un rythme souvent soutenu (quand on est en camp, il n'y a pas de dimanche !)
Si l'on décide de confier cette mission à nos soldats, il faut réduire les budgets destinés aux administrations déjà chargées d'éduquer ou de remettre dans le droit chemin ces jeunes délinquants, afin d'augmenter les moyens humains et matériels des armées. On ne peut plus cacher que l'armée est la seule fonction publique qui fait des économies considérables depuis des années, tout en remplissant des missions de plus en plus dures, avec moins de moyens, et sans récriminer.
Et qu'on ne dise pas que les réservistes pourraient s'en charger ! Je ne connais pas de régiment qui souhaiterait se passer de ses réservistes.
Bien à vous,

4.Posté par Dundrudian le 08/10/2010 20:48
Le temps n'est pas loin où la situation mondiale faisant progressivement tâche d'huile en France, les évènements nécessiteront le retour de toutes de nos troupes actuellement en OPEX pour faire face, pour commencer, à une énorme crise du type des guerres des Balkans et du Liban. Il est dommage que les bas calculs politiciens et les dérisoires empoignades qu'ils génèrent nous conduisent à refuser d'analyser le problème en cours de croissance exponentielle et à nous laisser surprendre et déborder aux détriments de la vie de l'ensemble des citoyens français et de la France dans son intégralité. Il est encore temps de devenir lucides et d'agir mais pour l'instant nous approchons à vitesse grand V du nez cassé dans le mur et du "zut, si on avait su"....

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