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Le Conseil économique et social de Lorraine adopte une motion sur les restructurations militaires



Le Conseil économique et social de Lorraine adopte une motion sur les restructurations militaires

A l'occasion de la séance plénière du 20 juin 2008 du Conseil économique et social de la Lorraine, les conseillers ont adopté une motion relative aux restructurations militaires suite à la publication du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. 

Cette initiative fait suite aux différentes dispositions mises en place par le CES de Lorraine depuis plusieurs années. (Voir également notre article Réorganisation des Armées : le Conseil économique et social de Lorraine passe à l'offensive)





Motion adoptée par le CES de Lorraine le 20 juin 2008 relative aux restructurations militaires suite à la publication du Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale

"Le 17 juin dernier, le Président de la République communiquait à 3 000 militaires et responsables de la sécurité civile le contenu décidé pour le nouveau Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale. Ce document, sans précédent par l'ampleur de la réforme qu'il va imposer à l'institution militaire, fixe pour les 15 années à venir les grandes priorités de la politique de défense de
la France.

Comme
le soulignait la Communication que le CES de Lorraine a présenté lors de la séance plénière du 4 juin, il n'est pas dans la compétence de la seconde Assemblée régionale de soumettre au débat la nature de ces orientations et d'apprécier leur degré d'adaptation à la redéfinition la plus pertinente possible de nos forces de défense aux nouvelles menaces du XXIème siècle.

De ce point de vue, il est évidemment difficile de contester la volonté de renforcer la capacité de renseignement dans un monde de plus en plus instable et imprévisible, de s'insurger contre le souhait de rationaliser les moyens à disposition du soutien et de la filière administrative pour se focaliser sur une augmentation des crédits en direction des matériels et de l'opérationnel, d'adapter l'ensemble du système pour rester crédible au plan européen et international.

Bien au contraire, les réticences ou les craintes qui ont pu s'exprimer dans le travail du CES de Lorraine sont certainement moins l'expression d'un souhait d'immobilisme que d'une volonté de préserver à l'environnement de la défense toutes ses potentialités pour répondre, au plus juste, à ses missions de service public, et ce dans l'esprit d'un lien Armée-Nation qu'il ne faudrait pas sacrifier sur l'autel de l'économie budgétaire.

S'appuyant d'ailleurs sur ce lien, qui porte en lui l'adhésion d'une population à sa sécurité, la Lorraine redit aujourd'hui, animée d'une volonté qui la lie historiquement à la défense du territoire national, son souhait de tenir toute sa place dans le mouvement des réformes qui impliquent bien-sûr un prix à payer mais pas n'importe lequel.

Il convient en effet de souligner que le cadre de la réforme s'accompagnera de la suppression, au plan national, de 54 000 postes de militaires et civils au cours des 6 à 7 prochaines années, et qu'alliée aux exigences de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), cette décision, qui correspond d'ailleurs à la fourchette la plus haute de toutes celles envisagés, se traduira par une vaste réorganisation de la carte militaire en France. Ces annonces sont désormais attendues pour le 3 juillet prochain.

Ainsi, le reformatage des forces va certainement toucher de plein fouet une région dont le potentiel devrait être vu, en fait, d'abord comme un avantage plutôt qu'un inconvénient. En effet, ne serait-il pas intéressant que les décisions intègrent la nature du potentiel lorrain à disposition pour voir s'il ne serait pas moins coûteux de le valoriser que de le déstructurer pour le reconstruire ailleurs ?

Et s'il paraît normal de ne pas considérer que le Ministère de la Défense a pour vocation l'aménagement du territoire, il ne peut dans le même temps attendre d'un territoire (acteurs privés et publics) d'une part une mise en œuvre, notamment depuis la professionnalisation en 1996, de moyens, souvent conséquents, pour favoriser l'insertion des militaires et leurs familles et d'autre part une absence totale de réaction lorsque ce même territoire est mis en danger par les possibles restructurations. 

Car c'est bien de danger dont il s'agit, pour toute une région déjà bien éprouvée par moult restructurations économiques et pour des villes lorraines de taille moyenne, points d'ancrage de bassins de vie dont la situation ne supporterait pas un coup supplémentaire porté par le départ, dans certains cas, de la moitié de la population.

Gardons à l'esprit qu'un régiment de l'Armée de terre occupe globalement en direct 1 000 personnes, représentant aux alentours de 2 500 personnes familles comprises, pour une retombée économique évaluée localement à 30 M€. Sans parler des emplois indirectement soutenus par cette présence et des conséquences en termes d'immobilier, d'équipements publics ou de vie associative. La réflexion est identique pour ce qui est de l'avenir de la base aérienne de Metz-Frescaty, pleinement intégrée à son environnement économique et social local.

Le total des effectifs menacés s'élèverait à 9 203 personnels militaires et civils, toutes armes confondues, mais hors familles et emplois induits. Ce chiffre, s'il s'avérait exact dans les faits, ferait supporter à la Lorraine une véritable « saignée » économique et sociale, à un point tel qu'il semble même impossible d'en admettre des compensations, de quelque nature que ce soit, satisfaisantes.

Sans vouloir freiner les évolutions indispensables, le CES de Lorraine rappelle son vœu de ne pas voir la situation de la région se résumer, de façon presque caricaturale, à une vision de territoire peu attractif ou peu accueillant dans un quart nord-est de la France qui sera vraisemblablement fortement mis à contribution pour ce qui est des suppressions ou déplacements de régiments. 

Il lui paraît notamment important de ne pas stigmatiser le critère géographique des implantations au prétexte de déplacements des zones de conflits du centre-Europe à l'ensemble du reste du monde, les niveaux d'infrastructures lorraines permettant des projections en opérations extérieures sur l'ensemble des théâtres internationaux dans les meilleures conditions. Tel que le synthétisait la Communication du 4 juin : « si la géographie n'est plus un critère de localisation, pourquoi deviendrait-elle un handicap ? »

La construction d'une nouvelle stratégie de défense ne saurait se trouver entachée, dès son origine, de doutes dus à des tactiques de réformes mal comprises, voire ressenties comme inéquitables.

Au-delà du seul Ministère de la Défense, l'Etat reste responsable de son aménagement du territoire, y compris dans les choix qu'il a à opérer en matière de redéfinition de sa politique de sécurité, comme pour toute décision d'implantation ou non d'un service public. Choix qui ne sont jamais sans conséquences sur la survie ou non d'un territoire !

Les conditions de la réforme apparaissent dès lors, pour l'heure, inacceptables si elles doivent aboutir à priver une région de son capital vital. 

C'est dans cet esprit que le CES de Lorraine a souhaité pouvoir s'exprimer, une nouvelle fois, à l'occasion de cette séance plénière, en martelant son attachement au potentiel militaire installé sur le sol régional et aux atouts régionaux en capacité de répondre aux nouvelles exigences de défense et de sécurité.  

Il continuera donc à mobiliser ses forces aux côtés de tous ceux qui œuvrent en la matière, jusqu'à être sûr que la région aura réussi à faire valoir ses droits après avoir prouvé, maintes fois au cours de l'histoire, qu'elle a su donner vie à ses devoirs. 

Si dispositifs de compensation il doit y avoir, ils devront être à la hauteur de ce qui peut être certainement qualifié de cataclysme supplémentaire pour une région qui, malgré tout, croit encore en  son dynamisme et son attractivité."










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