Le Commandant Charles de Gaulle à Trêves au 19ème Bataillon de Chasseurs Alpins

Metz est jumelée à Trêves depuis 1957, bien avant la signature du Traité de l'Elysée par le Général de Gaulle et le Chancelier Adenauer le 22 janvier 1963 qui allait scellé la réconciliation franco-allemande et ouvrir de nouvelles coopérations entre nos deux pays. Un Traité dont le cinquantenaire est célébré cette année un peu partout.

Le Général de Gaulle fut stationné à Trêves dans les années 20 et à Metz dans les années 30.

Alain Giletta, passionné d'histoire et passionné par la Ville de Trêves, nous fait revivre un bout de vie du Général de Gaulle dans cette belle ville de Rhénanie-Palatinat.



Le Commandant de Gaulle
Le Commandant de Gaulle
par Alain Giletta, Président de la section Vaucluse et délégué pour le Land de Rhénanie- Palatinat de l'Amicale Nationale des Anciens des Forces Françaises en Allemagne " Missions Extérieures" -  GR 99 de la Fédération Nationale André Maginot
 
Le 19ème Bataillon de Chasseurs Alpins arrive à Trèves en octobre 1919 et s'installe dans le Quartier de la Malmaison qu'il quitte en décembre 1921 pour rejoindre le Quartier Sidi-Brahim (ancienne Horn Kaserne) proche du premier. Avec lui y est stationné le 4ème Groupe de Chasseurs Cyclistes.
 
L'avant garde de l'Armée Française du Rhin qui remplace les Américains stationnés dans cette ville de Rhénanie, est arrivée à partir du 17 juillet 1919 suivie par les nouvelles troupes d'occupation le 11 août en fin de matinée. La garnison va comprendre en plus des différentes unités, un hôpital doté d'une maternité, une gendarmerie, une prison militaire, et un bureau de commandement situé dans la Sichelstrasse. Trèves est le siège d'un Corps d'Armée avec cavaliers, fantassins, artilleurs, éléments du Génie formant ainsi un pivot de l'Armée du Rhin.
 
 Depuis le 13 Août 1919, le 19ème Bataillon de Chasseurs à Pieds est devenu Bataillon de Chasseurs Alpins à Germersheim, autre ville de Rhénanie occupée par les Français.
 
Il restera dans cette caserne adossant ses murs de briques aux pentes d'une hauteur dominée par une statue de la Vierge, la Mariensaüle jusqu'au 31 Mars 1930, commençant ainsi l'évacuation de la garnison de Trèves. Ces  casernements sont humides et vétustes en particulier celui occupé par la compagnie de mitrailleuses.
 
Ce bataillon va recevoir en décembre 1927 un chef de corps doté d'un caractère exceptionnel, le commandant de Gaulle, qui va prendre la relève du commandant Vétillard.

Maison des de Gaulle à Trêves
Maison des de Gaulle à Trêves
Un mois plus tôt, le général Matter, directeur de l'infanterie lui avait  accordé ses galons de chef de bataillon et l'avait envoyé prendre le commandement du 19ème BCA, en déclarant " je mets en place un futur généralissime."
 
Le commandant de Gaulle va habiter en ville avec sa famille dans une maison située à l'angle de la Merianstrasse et de Friedrich-Ebert-Allee , au numéro 2. Ces logements ont été créés par la ville de Trèves dans le cadre des réparations prévues par le Traité de Versailles ; en 1920, on en comptera 678 sans compter ceux réquisitionnés chez l'habitant.
 
C'est durant son séjour à Trèves, le 1er janvier 1928, que nait à la maternité de l'hôpital militaire, sa fille Anne, mise au monde par le Médecin Capitaine Max Party. Porteuse d'une trisomie 21, sa mère Yvonne, écrit à une de ses amies : "Charles et moi, donnerions tout, tout, santé, fortune, avancement, carrière, pourvu qu'Anne soit une petite fille normale." Effectuant un choix avant-gardiste pour l'époque, les de Gaulle vont choisir de garder Anne dans cette maison, lui prodiguant tous les soins médicaux nécessaires à son état.
 
Sous son commandement, le bataillon ne tombe pas dans l'oisiveté : manœuvres, alertes, tirs, travaux de campagne, défilés et compétitions se succèdent. Dès sa prise de commandement, il apporte un changement à son bataillon : les bérets qui étaient inclinés à gauche sont désormais penchés à droite. "Ce n'est pas conforme à la tradition ? J'en décide ainsi."Aux jeunes chasseurs il déclare : "la fourragère du bataillon qui va vous être remise est un insigne glorieux entre tous. Ce qu'elle représente de pertes subies, de souffrances acceptées, mais aussi de gloire acquise, dépasse l'esprit."
 
Il fait entrer dans Trèves son bataillon en pleine nuit, musique en tête, provoquant les protestations des autorités municipales.

Le Quartier Sidi Brahim de Trêves
Le Quartier Sidi Brahim de Trêves
Dans la garnison, on le reconnaît à sa taille et ses gants blancs. Le matin, c'est à pied qu'il se rend à la caserne, partageant le trajet avec un officier du 19ème BCA occupant une villa proche de la sienne. A midi, il prend son repas seul, le plus souvent dans la salle du Casino où est installée la popote de garnison. Il est un chef qui exige beaucoup de  ses hommes, mais sans les mépriser, en les estimant au contraire.
 
Au cours de l'hiver 1928-1929, marqué par une grave épidémie de grippe, les minima moyens de température s'établissent à moins 25°.
 
On compte 143 décès dans l'Armée du Rhin, et des trois bataillons de Chasseurs Alpins stationnés à Trèves, le 19ème BCA enregistre la mortalité la plus élevée.
 
Parmi ces décès, celui du Chasseur Bouvier survenu le 3 mars 1929. Le commandant de Gaulle, exigeant avec ses subalternes, fait aussi preuve d'un grand cœur.
 
Ce Chasseur n'ayant pas de famille, il porte avec le capitaine commandant la compagnie de mitrailleuses, durant un mois un ruban de crêpe noir sur son uniforme. Il a donné l'ordre que toute la compagnie assiste aux obsèques, tous les officiers devant être présents, tenue de sortie, sans sabre.
 
Lors de la cérémonie, il prononce ces mots : "l'adieu au chasseur Bouvier que nous sommes venus dire ici, n'est qu'un juste témoignage rendu au bon, brave et dévoué garçon que la mort vient d'enlever, plongeant ainsi dans la douleur une digne famille...Chasseur Bouvier, notre camarade, au nom des officiers, sous officiers, caporaux et soldats du 19ème BCA, je t'adresse, du fond du cœur..."
 
 A l'automne 1929, il apprend la dissolution prochaine de son bataillon. Il ne peut rien faire pour l'empêcher et il doit en préparer l'exécution. L'épreuve de sa disparition lui sera épargnée ; il quitte Trèves en octobre 1929 pour la Syrie sa nouvelle affectation.
 
A sa dissolution, le 19ème BCA n'est plus que l'ombre de lui-même, réduit à deux compagnies et à deux sections de mitrailleuses.
 
De nos jours, la Caserne Sidi-Brahim qui était située à l'angle des Hornstrasse et Markusstrasse, a disparu. Elle fut détruite dans les années 1970 pour créer de nouveaux logements à sa place. Seuls quelques bâtiments subsistent dont celui situé à proximité de la Katholische Pfargemeinde Christkönig qui a été construite sur l'emplacement des anciennes écuries.
 
Pour ceux qui veulent en voir une autre trace, il leur faut aller au Mémorial de Verdun, à Fleury-devant-Douaumont. Il conserve le Mémorial du 19ème BCA qui se compose de deux plaques de marbre avec de chaque côté un livre ouvert sur lesquels sont gravés  les noms des militaires de cette unité Morts pour la France en 1914-1918.
 
Avant son départ pour la Syrie précédant la dissolution du 19ème BCA, le commandant de Gaulle avait écrit au maire de Verdun lui demandant d'entretenir le monument aux Morts de son bataillon. Il fut réalisé sur souscription, une subvention ayant été accordée par le Conseil Municipal de Verdun. En effet le 19ème BCA était logé à Verdun dans les casernes Radet du Faubourg Pavé de 1883 à 1914.
 
 
 
PRINCIPALES SOURCES:
 
Frédérique Neau-Dufour : Yvonne de Gaulle
Pétain et de Gaulle : J.R Tournoux
Philippe de Gaulle : mémoires complémentaires
Philippe de Gaulle : mémoires accessoires
Adolf Welter : Die 19 Jägergruppe und Major de Gaulle in Trier ; Neues Trierisches Jahrbuch -  1993
T. Riviere : Histoire et traditions du 19ème Groupe de Chasseurs ; 1853-1989
Mémorial de Verdun : Centre de documentation




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