Le 402ème RDCA au coeur de l'entre deux guerres



Vue sur la cathédrale de Mayence
Vue sur la cathédrale de Mayence

L’entre deux guerres reste une période méconnue de notre histoire militaire. Peu se souviennent en effet que les artilleurs du 2ème RDCA puis 402ème RDCA (Régiment d’artillerie de défense contre avion) ont fait partie de cette force d’occupation dans les années vingt. A la lecture attentive des évènements historiques relatés ci-après nous découvrirons que le régiment, une fois de plus, aura activement participé à un fait historique majeur de l’histoire militaire française.

Les conditions de l'armistice de 1918 stipulaient que l'armée allemande démilitariserait la rive gauche du Rhin et respecterait une zone neutre en rive droite d'une largeur de 10 km.

Le matin du 8 décembre 1918 le dernier soldat allemand évacua Mayence et à midi, de ce même jour, la 65ème division d'infanterie sous le commandement du général Victor Goybet investissait Mayence ; suivie de près des autres unités de la Xème armée du Général Mangin entrant dans la capitale rhénane.

Dans la seule ville de Mayence les Français stationnèrent plus de 12 000 hommes, dont plus de 5 400 dans les casernes limitrophes, qui provoqua une crise du logement, car les troupes d'occupation investissaient tous les plus grands bâtiments. Il n'y eut pour finir plus aucune maison qui n'hébergeât un ou plusieurs soldats. Ce fut pour la cinquième fois dans la longue histoire franco-allemande. Sur ordre du maréchal Foch on maintint en place les lois et règlements allemands. En revanche, toute nouvelle loi devait être soumise aux autorités militaires des forces d'occupation. Il est intéressant, à plus d’un titre, de prendre connaissance de l’ordre du jour du général commandant la Xème Armée en date de novembre 1918 : « SUR LA RIVE GAUCHE DU RHIN VOUS VOUS SOUVIENDREZ QUE LES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A L'AURORE DES GRANDES GUERRES DE LA RÉVOLUTION SE COMPORTÈRENT DE TELLE SORTE QUE LES POPULATIONS RHÉNANES ONT VOTE PAR ACCLAMATION LEUR INCORPORATION A LA FRANCE ET LES PERES DE CEUX QUE VOUS ALLEZ RENCONTRER ONT COMBATTU COTE A COTE AVEC LES VÔTRES SUR TOUS LES CHAMPS DE BATAILLE DE L'EUROPE PENDANT VINGT-TROIS ANS SOYEZ DIGNES DE VOS PERES ET SONGEZ A VOS ENFANTS DONT VOUS PRÉPAREZ L'AVENIR. »

Bien qu’occupants, les Français apportèrent en ville leur langue et leur culture pour se concilier la population. Des cours de français furent institués, afin de supprimer la barrière de la langue. Les clauses du traité de Versailles prévoyaient le démantèlement définitif des fortifications, ce qui fut mené à bien à Mayence même s'il en subsiste quelques vestiges dans le centre-ville, comme la Citadelle. 

Ces actes « bienveillants » ne doivent pas masquer les difficultés qui apparaissent dès le début des années vingt et qui perdureront jusqu’au départ des Français et  qui envenimeront les relations entre les deux pays. En effet le retour à une certaine normalité doit faire face aux crises économiques successives. Les changements politiques en France ne favorisent guère l’amélioration des relations internationales et les conflits d’intérêts et les divergences entre alliées au cours des années d’après guerre n’arrangeront rien.

Pour les militaires français de l’armée du Rhin, répartie sur une grande partie du territoire allemand, les problèmes auxquels ils se trouvent confrontés sont tout autre et d’ordre pratique. Les premières années d’occupation sont, pour la population allemande, particulièrement pénibles.

Les graves problèmes politiques internes, les pénuries alimentaires, le chômage ou l’entrée en vigueur du traité de Versailles, en 1920, amputant l’Allemagne de ses colonies et de nombreux territoires (tel le Togo), ne favorisent guère les relations entre les deux parties. S’y rajoutent les confiscations diverses et variées comme les avoirs à l’étranger ou la mainmise sur la marine marchande. Sur le plan de la politique intérieure, les Allemands essaient de survivre aux rythmes des aux tentatives de putsch et de révoltes. A Berlin, Munich ou dans la Ruhr des mouvements nationalistes sont orchestrés et soutenus (ou non) par la Reichswehr. Cette opposition, contre nature, rassemblant mouvements d’extrême droite et les gouvernements sociaux démocrates s’opposant aux mouvements communistes, laisse présager un avenir sombre pour l’Allemagne.

En avril, la tension monte à la suite de l’incursion de la Reichswehr, venues combattre les mouvements insurrectionnels de gauche dans la Ruhr. Les troupes françaises et belges réagissent immédiatement en occupant Darmstadt et Francfort, respectivement distante d’une cinquantaine de kilomètres de Mayence.

Durant ce temps, les Alliés n’arrivent pas à chiffrer le montant des indemnisations mais exigent de l’Allemagne son désarmement. Ils exigent également qu’elle livre mensuellement des millions de tonnes de charbon.

L'exécution du traité de Versailles commençait de soulever de sérieuses difficultés.

L'Allemagne s'appliquait à en tourner systématiquement les prescriptions et, dès le début de l’année, l'exécution des clauses relatives aux réparations en nature donnait lieu à des difficultés. Les livraisons atteignaient à peine 30% des tonnages que la Commission des réparations, apportant aux obligations du traité de paix des atténuations déjà très sensibles, avait mis en demeure l'Allemagne de livrer aux Alliés.


Les dommages subis par les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais privaient la France pour de longs mois de l'essentiel de ses ressources nationales. Il était donc d'une nécessité vitale pour elle que les livraisons allemandes prévues au titre des réparations et qui devaient atteindre plus d'un million et demi de tonnes par mois, fussent rigoureusement effectuées.

Malheureusement, il était loin de régner, au sein des Alliés, une unité de vue satisfaisante à ce sujet. Devant le manque de volonté des autorités allemandes la France mit en garde l’Allemagne contre le non paiement de ses obligations en matière de réparations. La France n’avait en effet perçu jusqu’alors que deux annuités lorsque que l’Allemagne décida d’arrêter les paiements.

C'est dans ce cadre particulier, et ce climat spécial, que l'armée du Rhin restait sur le pied de guerre tout en mettant en place la réorganisation de l’armée d’occupation en se conformant aux nouvelles directives émises par le commandement. On commença, par conséquent, à réunir et rassembler un certain nombre d'unités d’artillerie telles le 39ème RA, le II/153ème RA lourde, le 313ème porté et le 181ème RAL à tracteurs.

Le 10 avril 1923 fut la date officielle de création du 402ème RADCA par dissolution du 2ème  RDCA. Le Régiment ainsi constitué devint l’indispensable élément du dispositif de défense antiaérienne de l’armée du Rhin. A peine crée les artilleurs du 402, comme bon nombre de leurs camarades des autres armes, devinrent les témoins actifs d’une des plus grave crises de l’après guerre.

Crise internationale et occupation de la Ruhr (1923)

Profitant des désaccords, créés entre les Alliés par leur souci de poursuivre leur intérêt purement immédiat, l'Allemagne continua la lutte qu'elle menait pour la non-application des clauses du traité de paix.

Les conférences internationales (Gênes, Londres, Paris) se succédaient sans qu'il en sortît d'autre résultat que de conforter la volonté de résistance des allemands.

D
ès l’après guerre, le Gouvernement français avait admis la nécessité d'une mesure de pression et anticipé l'occupation plus ou moins totale de la Ruhr. L'échec de la conférence de Paris, en janvier 1923, mit fin à cette longue période d'hésitation et amena les responsables politiques français à se décider de passer aux actes.

Appuyant son intervention sur une nouvelle et solennelle constatation du manquement de l'Allemagne aux dispositions du traité de paix consacrées par la Commission des réparations, et n’obtenant pas de réponse de la part des autorités allemandes, l'occupation militaire de la Ruhr par les troupes du général Degoutte fut décidée. Une mission de contrôle des usines et mines des territoires occupés, la MICUM, reçut en outre les pleins pouvoirs pour effectuer tous contrôles utiles sur les mines et usines de la zone qui allaient être occupées et pour effectuer toutes les répartitions, réquisitions et déroutements de combustibles que lui paraîtrait exiger la bonne exécution des clauses du traité de paix.

L’occupation de la Ruhr amena donc le régiment à s’engager activement dans des opérations de maintien de l’ordre. L’opposition allemande s’organisa aussitôt, et les ouvriers allemands exigèrent le retrait des baïonnettes. Les autorités françaises, décidées à faire plier l’Allemagne, passèrent outre. Ce fut alors le début de la période appelée de résistance passive. Sur toute la zone occupée la situation se compliqua par cette grève générale y compris chez les Allemands qui étaient employés par les autorités françaises. L’activité des éléments de l’arrière consistèrent également à fournir l’aide logistique pour les troupes engagées dans la Ruhr. A Mayence et sur l’ensemble des garnisons françaises, les tensions montèrent et de nombreux heurts avec les extrémistes nationalistes furent à l’ordre du jour. Des attentats contre les soldats appelèrent de la part des forces franco-belges à la proclamation de l’état de siège.

L’engrenage inéluctable de la répression et des actes de sabotages était alors en marche.

P
endant ce temps, de nouvelles turbulences politiques secouèrent les relations internationales. Face aux difficultés financières des ouvriers allemands, la résistance passive s’effrite. Après avoir financé au début la grève générale, le chancelier Cuno, confronté à une situation catastrophique, démissionna. Gustav Stresemann lui succéda et décida peu après l’arrêt de la résistance passive.

Alors même que la politique de fermeté de la France semblait porter ses fruits, le gouvernement Poincaré dut faire face à plusieurs problèmes contribuant à affaiblir la position française.

Au niveau de la politique intérieure, la ferme opposition de la gauche à l’occupation de la Ruhr sema le trouble parmi l’opinion et pour ce qui est de la politique extérieure, la France se trouva de plus en plus isolée face à ses alliés britanniques et américains. La crainte de Londres de voir émerger un État rhénan autonome et favorable à la France l’incita à faire pression avec l’aide des américains. Ce fut le nouveau président du Conseil, Édouard Herriot, qui accepta, en mai 1924, les conditions contenues dans le plan Dawes qui, tout en réaffirmant le principe des réparations, réaménagea les paiements allemands en échange d’une évacuation de la Ruhr.

L’opération militaire de la Ruhr prendra fin en 1925 avec le départ des troupes d’occupation et de ses éléments aéronautiques de la Ruhr. La principale conséquence de la crise pour l’Allemagne fut d’aggraver sa situation économique désastreuse, tout en redonnant une forte vigueur au nationalisme allemand. Témoin privilégié de la montée de l’extrémisme allemand, le 402 quitta tout juste un an après ces évènements la vallée du Rhin pour prendre garnison à Metz. Une page de l’histoire du régiment se tournait mais déjà les orages dus à la montée des fascismes italiens et allemands obscurcirent l’horizon pour aboutir à l’inéluctable cataclysme de la seconde guerre mondiale où le régiment prouvera sa redoutable efficacité.

AW





Alexandre Wattin



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