Le 14 juillet, fête de la France guerrière ?



Défilé militaire le 14 juillet 2011 à Metz devant les autorités civiles et militaires
Défilé militaire le 14 juillet 2011 à Metz devant les autorités civiles et militaires
« Si l'intelligence ne suffit point à l'action, il va de soi qu'elle y prend part. » Général de Gaulle in le Fil de l'Epée


Le 14 juillet dernier, la candidate écologiste à l’élection présidentielle, Eva Joly, faisait une déclaration qui allait mettre de l’animation plusieurs jours durant dans la classe politique française.

Revenons-nous un instant sur cette fameuse déclaration : « j’ai rêvé que nous puissions remplacer ce défilé militaire par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les séniors défiler dans le bonheur d’être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent je pense que le temps est venu de supprimer les défilés militaires du 14 juillet parce que ça correspond à une autre période

De nombreuses réactions de responsables politiques ont pu être lues, écoutées ou regardées suite cette proposition. Certaines dénonçant les propos d’Eva Joly, d’autres la soutenant. Bref, alors que plusieurs soldats français venaient de tomber quelques heures auparavant en Afghanistan, certains responsables politiques n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de s’affronter par médias interposés sur un sujet certes sensible, puisqu’il touche à l’âme de la France, mais bien hors de propos au regard des pertes militaires françaises subies en Afghanistan.

Mais l’idée d’Eva Joly n’a rien de surprenant en soi. On connait bien en effet, surtout à la veille d’élections majeures, la façon dont certains politiques, élus de la République, lancent des petites idées, parfois provocatrices, afin de voir comment l’opinion française réagira. Un brin populiste comme méthode, il faut l’avouer.

La remise en cause du défilé militaire du 14 juillet, l’un des symboles de notre République, formulée par Eva Joly, n’est pas une découverte.

En 2010, Martin Hirsch, alors Haut Commissaire aux solidarités actives et à la Jeunesse, proposait de faire défiler « ses » jeunes du service civique en vélo à côté de nos militaires ! Une idée qui avait valu une intervention de l’auteur de ses quelques lignes et des membres du Cercle Esprits de Défense auprès du Président de la République afin de recueillir son sentiment sur la proposition d’un membre du gouvernement de la majorité. Dans sa réponse, l’Elysée avait alors affirmé que le défilé est avant tout le défilé des forces armées devant le Chef de l’Etat et devant la Nation. (voir les articles : des volontaires du service civique à vélo lors du défilé du 14 juillet  et Des jeunes du service civique à vélo lors du défilé du 14 juillet : La réponse de la Présidence de la République )

L’exemple de la remise en cause d’un des symboles forts et visibles de la République, tel que peut l’être le défilé militaire du 14 juillet, n’est pas une exception.

D’autres remises en cause, régulières, des symboles de la République sont connues depuis de nombreuses années.

On connait la proposition affichée en 2010 de Christine Boutin, également candidate à l’élection présidentielle, de changer les paroles de la Marseillaise, des paroles qui seraient même « d’un ridicule  » selon l’aveu formulé en 2009 par l’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing.

Que dire de l’usage fait régulièrement du drapeau tricolore ? Lorsque celui-ci ne fait pas office de papier toilette, il est régulièrement brûlé par des imbéciles encagoulés qui rejettent, à travers leurs actes, l’appartenance à la communauté nationale, à ses traditions et valeurs (que ceux-ci soient dans les banlieues des villes ou en Corse ).  



 

Le 14 juillet, fête de la France guerrière ?
Depuis plusieurs années, on assiste ainsi à une tentative menée par des groupuscules politiques et communautaristes de supprimer à la fois les symboles de la République et de remettre en cause le vivre ensemble acquis chèrement par le sacrifice, ne l’oublions pas, de nombreux compatriotes tombés en 14-18, par le sacrifice de nombreux  Résistants et Libérateurs des années 40. Ah, les années 40, une époque où la majorité silencieuse acceptait l’inacceptable, histoire assurément de ne pas avoir de problèmes avec celles et ceux qui avaient, non sans plaisir, foulé aux pieds la France son Honneur, son Histoire, son âme dès juin 1940 !

Or, aujourd’hui la célébration de ces Héros, qui ont permis de redonner à la France sa dignité, laisse de plus en plus la place, sous les coups de certaines associations, à la célébration non plus des Héros mais des victimes de l’Histoire de France. La célébration des victimes n’est qu’un aspect de la repentance promue depuis plusieurs années en France. A quand d'ailleurs un défilé des familles de victimes de talibans sur les Champs-Elysées ? Ceci n’est pas d’ailleurs sans conséquences sur l’interprétation que certains veulent enseigner à nos chères têtes blondes de l’Histoire de France et de la mémoire combattante française : une vision de notre histoire et de notre mémoire combattante orientée politiquement, au nom de la fameuse diversité, détournée à des fins idéologiques, mais pas dans un sens permettant de mieux vivre la France.

Le dernier exemple en date serait celui de la proposition de la sénatrice (UMP), Fabienne Keller formulée début de 2011 qui préconisait de créer le manuel d’histoire franco-africain sur le modèle du manuel d’histoire franco-allemand, mis en place en 2003 suite au Parlement franco-allemand des jeunes organisé à l’occasion du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée. Or, si le manuel d’histoire franco-allemand a vocation à être enseigné aux lycéens français et allemands de part et d’autre du Rhin, le manuel d’histoire franco-africain de Fabienne Keller n’aurait vocation qu’à être enseigné que  dans les collèges français pour des « jeunes » français… « issus de la deuxième ou troisième génération, qui ne peuvent pas se référer à une culture qui n’est pas la leur ». Ce manuel permettrait de « mettre des mots sur leur légitimité d’être là » et mettrait l’accent sur « l’époque des colonies, les héroïques tirailleurs, la guerre d’Algérie, la décolonisation, les vagues d’immigration. » L’Histoire de France, telle qu’on la connait, ne pourrait donc pas être enseignée aux jeunes collégiens des banlieues parce que cette Histoire ne leur siérait pas et qu’elle nuirait à leur intégration ? Il faudrait donc déconstruire l’Histoire de France ? Bref, en matière de démagogie et d'atteinte à la France, on a rarement fait mieux.

Mais en serions-nous là aujourd’hui, parlerions-nous de suppression du défilé du 14 juillet, si le service national n’avait cessé d’exister ?

Le temps où l’armée française était en grande partie constituée de jeunes appelés est bel et bien révolu. Le temps où de nombreux jeunes compatriotes servaient notre pays pendant plusieurs mois sous le drapeau tricolore (qui était également - en théorie, car la réalité était autre - une condition obligatoire pour intégrer par la suite la fonction publique – aujourd’hui la participation à la trop courte journée Défense et Citoyenneté suffit…) est bien derrière nous.

En supprimant ce service militaire, l’armée française a sans doute gagné en professionnalisme. Mais cette suppression a également profondément déstabilisé la société française : autant le service militaire permettait un véritable mélange des classes sociales (pas excellent certes, mais il existait), un mélange des origines des Français, autant il permettait à de jeunes troublions d’apprendre les règles en société et le respect dû à autrui, l’esprit de groupe, de camaraderie mais aussi de palier, pour certains, à des déficits scolaires (lecture, écriture,...) lorsque ce n’était pas leur proposer un  avenir, une seconde chance (Volontariat Service Long, engagement,…).

Or la suppression du service national et le brassage qu’impliquait alors ce dernier a provoqué aujourd’hui un repli, un manque de civisme, d’engagement, pire, l’émergence de communautarismes encouragée par certaines idéologies politiques fondées sur une lecture exacerbée des droits de l’homme au mépris de l’identité même du pays. Cette suppression du service national et cette professionnalisation de nos armées se sont accompagnées d’un éloignement à la fois des citoyens pour la chose militaire et pour les questions de sécurité, pour les questions touchant à leur sécurité,et d’un repli des militaires au sein de la communauté « Défense ».

Ainsi, l’esprit de défense, le lien armées-nation s’effilochent au fil des années, civils et militaires restent de plus en plus l’uns à côté des autres sans véritablement se côtoyer. N'en déplaisent aux discours officiels qui tentent de prouver le contraire. Il n’est pas ainsi surprenant d’entendre des propositions telles que celles qu’a récemment formulées la candidate écologiste Eva Joly.

La faute à qui, direz-vous ? A la gauche anti-militariste, dirons les électeurs de droite ou de droite nationale ? A la mondialisation et ultralibéraux, diront les électeurs de gauche sociale ou d’extrême-gauche ? Ah, la fameuse opposition droite-gauche ! Une opposition qui a conduit la France à la ruine et qui doit bien faire retourner le Général de Gaulle dans sa tombe à Colombey-les-deux-Eglises ! 

La suppression de ce service national et les difficultés qu’elle a engendrées n’ont pas laissé les gouvernements sans réaction depuis la fin des années 90. Il faut le reconnaître. Ils ont pu observer qu’un vide s’était créé. Ce n’est pas, en effet, par hasard, si les Etablissements publics d’insertion de la Défense (EPIDE ), la réserve citoyenne ou le service civique (ouverts aux Français et... aux résidents en France) ont vu le jour.

Or les deux premières initiatives impulsées ont été à leur tour, petit à petit au fils des ans, vidées de leurs sens et de leurs buts initiaux :

                                            - les EPIDE devraient accueillir prochainement, selon la décision du Chef de l’Etat, de jeunes condamnés, alors qu’ils ont pour but de former des jeunes en difficulté que la vie n’a pas forcément gâtés mais qui ont la volonté de s’en sortir, 

                                            - la réserve citoyenne, initialement créée pour permettre à tout à chacun de s’engager bénévolement (et sans que cela ne coûte quoi que ce soit à l’Etat) en faveur de la Défense n’entrouvrent de plus en plus ses portes ouvertes qu’à des personnalités, VIP ou élus (même s’il existe de rares exceptions).

Ces initiatives, dont les buts initiaux ont été galvaudés, ne permettent pas de masquer la dérive engendrée depuis des années malgré les discours redondants entendus, tentant vainement une nouvelle fois de prouver le contraire. On ne met pas un pansement sur une jambe de bois. Les Français le ressentent de façon consciente ou inconsciente. Ils savent que l’esprit de défense - ou du moins ce qu'il en reste - qui est en partie visible grâce au défilé du 14 juillet, reste l’un des derniers symboles de notre pays, l’une des dernières manifestations de la fameuse identité nationale (dont on attend toujours la synthèse des débats initiés en 2010) . C’est pourquoi ils restent, dans une très grande majorité, particulièrement attachés au défilé du 14 juillet qui ne célèbre pas l'Armée mais bel et bien la Nation en armes. L’Armée étant, rappelons-le, l'émanation de la Nation. Une Armée qui rappelle aussi, à travers ce défilé, à la fois son attachement mais aussi sa soumission à la République, et donc au pouvoir civil.

Ce défilé, notre défilé, inscrit quasiment dans le marbre des fondements de notre République, reste aussi une belle démonstration d’une France solidaire. Savoir que des compatriotes s’engagent pour notre Nation, notre Patrie, parfois jusqu’au sacrifice ultime est un bel exemple de solidarité, d’abnégation et du sens du devoir. Voir nos soldats venir en aide des populations sinistrées en France lors de graves catastrophes climatiques ou en danger à l’étranger, voilà l’âme d’une République solidaire. Or les propos d’Eva Joly et de ses amis restent très contradictoires. On ne peut pas à la fois vanter les mérites d’une France solidaire et balayer d’un revers de main l’un des plus beaux exemples de solidarité exprimée par la France à travers l’abnégation dont font preuve nos citoyens en armes.

Lorsque les Français, et nombreux touristes étrangers, regardent avec admiration, ce magnifique témoignage de la République, expriment-ils réellement à travers leur présence leur côté belliqueux, voire bellicistes ? La présence de ces milliers de Français anonymes est,  depuis des années, le témoignage, aux côtés du Président de la République et du Gouvernement, d’une France reconnaissante exprimée à nos soldats, bien droits dans leurs rangers, défilant les Champs-Elysées et portant haut et fièrement les couleurs et les valeurs de la France. Est-ce pour autant que leur fierté exprime des pulsions guerrières, une « France guerrière » comme le fustigeait Eva Joly le 14 juillet dernier ?

Chaque 14 juillet, c’est quelque part l’âme de la France qui s’exprime, c’est une véritable communion nationale.

Dans une démocratie comme la France, la liberté d’expression est évidemment, et heureusement de mise. Néanmoins, lorsque l’on prêtant être un responsable politique, qui maitrise généralement l’art de la dialectique, et donc l’art de s’exprimer, sauf lorsqu’on ne maîtrise pas suffisamment la langue française, (la défense de la langue française est aussi un élément du concept global de la défense nationale), il convient de ne pas faire des propositions à l’emporte-pièce, de mettre de l’huile sur le feu telle la remise en cause du défilé militaire du 14 juillet. Ce genre de proposition ne peut être que le vecteur d’un réveil des extrémistes de tout bord politique. Nous l’avons vu avec la proposition d’Eva Joly. Les Français attendent de leurs responsables politiques ou prétendus responsables politiques qu’ils soient exemplaires.

Si la première idée de supprimer le défilé militaire est inacceptable de la part d’une candidate à la plus haute fonction politique, sa deuxième proposition (la création d'un défilé « citoyen ») reste néanmoins intéressante. Pourquoi pas. L’idée de voire des compatriotes particulièrement engagés dans la sécurité de notre pays (réservistes de nos Armées, pompiers volontaires, réservistes de la Police  nationale, jeunes sauveteurs,…) serait une idée séduisante et à creuser pour les années à venir.

Mais le défilé du 14 juillet ne doit aucunement devenir un corso fleuri citoyen participatif sur les modèles de la technoparade ou de la gay pride, qui font d'ailleurs défiler toutes les deux de nombreux chars !

Parce que la France, notre Patrie, mérite en tout cas bien mieux que de telles propositions démagogiques,  Eva Joly ferait mieux de méditer, pour sa prochaine intervention politique sur le thème du 14 juillet, cette citation du Général de Gaulle, issue du Fil de l'Epée qui affirmait que :  « si l'intelligence ne suffit point à l'action, il va de soi qu'elle y prend part. »





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