Il y a 20 ans, l'Armée nationale du peuple de l'ex-RDA, la NVA disparaissait



La Garde d'honneur de l'Armée nationale du Peuple
La Garde d'honneur de l'Armée nationale du Peuple

Le 12 novembre 1955, jour du bicentenaire de Scharnhorst, vit la création officielle de la Bundeswehr (1). En cette année du 50ème  anniversaire c'est également l'occasion  de mettre à l'honneur et de faire un bilan sur ses forces armées qui ont permis à la République fédérale d'Allemagne de rejoindre, le concert des grandes Nations occidentales en intégrant l'OTAN tout juste dix ans après la défaite du régime nazi.

Aujourd'hui la Bundeswehr fait partie intégrante de nombreuses unités multinationales et est depuis quelques années engagés dans des actions militaires hors de ses frontières en accord avec sa Constitution. Mais le sujet que je voudrais traiter est  unique en son genre dans l'histoire militaire moderne et met en avant une face moins connue de la réunification mais qui a le mérite d'être exemplaire.

Le 3 octobre 1990, est resté dans le souvenir collectif européen non seulement la date de la réunification allemande mais aussi le prémisse de la fin de la Guerre froide Après une séparation de 45 ans, les deux Allemagnes sont à nouveau réunies.  Mais qu'advint-il de ce qui fut la hantise, tout au long de la guerre froide, des états majors alliées de l'OTAN ?

Il fut décidé qu'à compter de cette date l'ensemble des forces armées allemandes porterait désormais le nom de Bundeswehr, c'est la fin officielle de la Nationale Volksarmee - NVA (2) une des armées les plus redoutées après les forces armées soviétiques. 

20 ans après il convient de rappeler la façon remarquable dont les autorités politiques et militaires de l'Allemagne de l'Ouest ont pu en l'espace de cinq années désagréger un des outils militaires les plus puissants, considérés comme le fer de lance des forces du pacte de Varsovie. Cette lourde responsabilité fut confiée au général de corps d'armée Jörg Schoenbohm, Inspecteur général de l'Armée de terre Allemande qui, du jour au lendemain, se trouva le supérieur hiérarchique direct d'une armée qui était encore il y a quelques jours un ennemi potentiel.

La mission principale de ce général, , était de conduire en douceur l'intégration des 98 000  militaires de l'ex-NVA et des 47 000 personnels civils à la suite des forces afin de réussir une déflation d'effectifs de façon à ramener les forces stationnées sur le territoire oriental de l'Allemagne à 50 000 hommes dont la moitié d'appelés. Cette action était conforme à l'accord signé en 1990 entre le chancelier Helmut Kohl et Michael Gorbatchev qui prévoyait que l'armée allemande de dépasserait pas les 370 000 hommes en 1994. Pour cela fut crée un grand commandement à Strausberg près de Berlin le Bundeswehr Kommando Ost (3), englobant initialement les forces des trois armées sur le territoire de l'ex-République Démocratique Allemande.




Les Armes de l'Armée nationale du Peuple
Les Armes de l'Armée nationale du Peuple

Pour cela le général Schoenbohm devait tout d'abord dissoudre le commandement supérieur de l'ex-NVA. Les officiers généraux furent mis d'office à la retraite et les cadres absorbés dans la nouvelle Bundeswehr pour une période probatoire de deux ans. Tout implication d'un militaire, quelque ait été son grade au sein de la NVA ayant eu des contacts ou des activités officielles avec la tristement célèbre STASI(4) fut radié purement et simplement des cadres de l'armée. Le commandement des unités et les postes de responsabilité furent confiés à des officiers en provenance de l'armée ouest-allemande. En outre, les soldes des militaires est-allemands ne furent pas alignées sur celles de leurs camarades de l'Ouest.

Mais tout ne fut pas aussi simple pour l'état-major allemand celui-ci s'est trouvé confronté à de nombreuses difficultés : d'une part les cadres de l'armée ouest allemande désignés pour servir en Allemagne orientale comme cadre, furent rares et les résignés les plus nombreux. Et l'on ne pouvait initialement se passer totalement des personnels de l'ex-NVA, indispensables pour participer à l'inventaire de l'infrastructure sur le territoire de l'Allemagne orientale, au recensement des nombreux matériels et des innombrables dépôts de munitions. Il lui fallait aussi des interprètes auprès des 370 000 Soviétiques du groupe de forces Ouest stationnés en Allemagne jusqu'en 1994.

Malgré des séjours d'adaptation au sein des unités occidentales des trois armées et des stages dans les écoles de la Bundeswehr qui furent organisés au profit des cadres de l'ex-NVA de nombreux militaires de l'ex-NVA manifestèrent peu d'intérêt pour la Bundeswehr. Beaucoup d'entre eux choisirent de bénéficier d'indemnités de départ plutôt que de risquer de se retrouver au chômage après une période d'essai de deux ans. Par ailleurs, modelés par des décennies d'idéologie communiste, l'intégration d'officiers et de sous-officiers dans des emplois subalternes sous les ordres d'officiers de la Bundeswehr occidentale, l'ennemie d'hier était impossible. Citons quelques chiffres, des 2210 colonels en exercice dans l'ex-NVA plus que 28 restèrent en 1991 et 2648 soldats,  toutes armes confondues, restent en service au sein de la Bundeswehr.

1995 est l'année de clôture du dossier NVA une page de l'histoire de la guerre froide était définitivement tourné. 

20 après la réunification, la Bundeswehr peut être fier non seulement d'avoir participé depuis plus de 55 ans à la liberté et la paix en Europe mais d'avoir su également dans un souci permanent d'éviter une fracture germano-allemande d'être parvenu d'apaiser le malaise lié à la difficile mutation psychologique que les deux armées se devaient d'entreprendre en ayant réussi à devenir le creuset d'une armée de l'Allemagne réunifiée.

Alexandre Wattin

(1)Dénomination officielle de  l'Armée Allemande à compter 22 février 1956
(2) Armée Nationale du peuple
(3) Commandement de l'Armée allemande Est
(4) Staatssicherheit/Services de sécurité de l'Etat (Police secrète)

Source photos : http://de.wikipedia.org/wiki/Bild:Nva-ehrenwache.jpg et http://de.wikipedia.org/wiki/Bild:Coat_of_arms_of_NVA_%28East_Germany%29.svg



Alexandre Wattin


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