François Fillon rend hommage au Général de Gaulle



Le Premier Ministre, François Fillon, a dévoilé à l’occasion de la commémoration de l’Appel du Général de Gaulle du 18 juin1940 une plaque en hommage au Général sur la façade de l’Hôtel de Matignon en présence notamment de Jean de Gaulle, petit-fils du Général, fils de l’Amiral Philippe de Gaulle.

C’est en effet à l’Hôtel de Matignon que le Général de Gaulle présida le 9 septembre 1944, la première réunion du Conseil des ministres du Gouvernement provisoire de la République française dans Paris libéré.

Voici son allocution :

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Chancelier de l’Ordre de la Libération,
Monsieur le Président de la Fondation de la France Libre, cher Yves Guéna,
Monsieur le Président de la Fondation Charles de Gaulle, cher Pierre Mazeaud,
Cher Jean de Gaulle,
Mesdames et messieurs,

Le 10 juin 1940, un mois après la percée de Sedan, 100 000 de nos soldats sont déjà tombés au combat, et 6 millions de Français sont jetés sur les routes de l'exode.

Le 14 juin, les armées allemandes occupent Paris, et 9 jours plus tard, Adolf Hitler pose devant la tour Eiffel.

Le 17 juin, le maréchal Pétain commande aux Français de cesser le combat et engage les tractations de l’armistice.

Renoncement, abdication, collaboration, tout, en apparence, est en place pour anéantir notre pays.

Mais le 18 juin 40, en fin de journée, une voix brouillée mais ferme ranime l’espoir d’une nation brisée.

C’est la voix du général de Gaulle, cet officier presque inconnu au nom prédestiné, ce rebelle visionnaire, ce patriote inflexible qui va entraîner, contre vents et marées, souvent seul contre tous, l’âme de la France.

Il faut imaginer ces heures sombres et sans aucun espoir apparent, ces heures de déroute où l’étendard de la croix gammée se confond au ciel de Paris, pour mesurer à sa juste valeur l’appel éclairant du 18 juin 1940.

Comme une flamme lointaine, le message du général de Gaulle vient transpercer la nuit et le brouillard qui se sont abattus sur la France.

Cet appel, c’est le cri de l’honneur cinglant l’esprit de capitulation. C’est le cri de la liberté jeté au visage de l’oppression. C’est le cri de l’indépendance nationale.
C’est aussi celui de la clairvoyance devant les perspectives d’un conflit aux résonances mondiales.

Peu de Français entendent ce message qui fut suivi de beaucoup d’autres durant quatre années.
Mais son souffle se propage d’écho en écho, de chuchotements en graffitis, de tracts en affiches, de réseaux en maquis.

Au coin des rues, sur les places des villages, dans l’intimité des foyers où les rideaux sont tirés, il se dit qu’"un général français est à Londres, et il affirme que rien n’est perdu !".

Au fond de l’abîme, l’esprit de résistance naît.

Malgré la débâcle, malgré la peur, le mensonge, la répression, des hommes et des femmes se dressent, et les voici disant "non" à l’occupation, "non" à l’humiliation, "non" à l’étranglement de la souveraineté nationale, "non" au mépris de nos valeurs les plus sacrées.

Tous n’étaient pas des héros, et pourtant tous prirent le risque de s’engager, malgré les dangers, malgré le poteau d’exécution.

Arrêté à l’âge de 15 ans, Pierre Benoit écrit dans sa dernière lettre à ses parents : "c'est la fin ! On vient nous chercher pour la fusillade… mais le rêve des hommes fait événement".

Face à la réalité implacable de l’occupation, le rêve de ces hommes s’élance vers les chemins de la liberté et éclaire le passage aux actes.

Résister, ce n’est pas seulement survivre, c’est choisir de vivre debout ! Et ce choix, en 1940, dans ce champ de ruines où nul ne sait plus à quel point se fixer, ce choix se noue ou se délite dans le coeur chacun.

Au plus profond de soi-même, résister, c’est avoir tranché une question suprême : faut-il prendre le risque de mourir pour la liberté ou faut-il accepter la certitude de vivre enchaîné ? C’est la foi en un idéal, c’est la force de l’espérance qui sont à l’origine de la Résistance, elle qui ne rassemble dans ses premières heures qu’une poignée de Français.

Certains sont de droite, d’autres de gauche, certains sont croyants, d’autres ne le sont pas.

Qu’importe, ils sont tous patriotes, tous unis pour le parti de la révolte.

N’écoutant que leur audace, ils rejoignent Londres et s’engagent dans les Forces Françaises Libres.

Parmi les premiers d’entre eux, figurent les 120 pêcheurs de l’Ile de Sein qui prennent la mer les 24 et 26 juin.

Soldats, aviateurs, marins de la France Libre, ils sont en juin 40, 7000 hommes, seulement 7000, mais plus décidés et plus ardents que 7 divisions réunies, et leur nombre ne fera que croître durant les cinq années suivantes.

Parmi eux, il y a des tankistes du 501e Régiment de chars de combat, qui est le gardien des traditions du 507e régiment qui fut commandé par le colonel de Gaulle, et dont un détachement est ici présent.

Sur leur uniforme râpé, tous ces volontaires portent la croix de Lorraine.

Leur fougue et leur bravoure répondent au serment de Koufra : "nous ne déposerons pas les armes avant que le drapeau français flotte sur Paris et sur Strasbourg !".

De Bir Hakeim à El-Alamein, de Cassino à Toulon, de Ouistreham à Paris, de Paris à Strasbourg, de Strasbourg à Berchtesgaden, ils ont tenu parole !

En ce sinistre printemps de 1940, d’autres s’engagent dans l’armée des ombres.

Ils n’ont alors que leur audace pour seule arme.

Malgré l’emprise d’un pouvoir qui partout resserre ses chaînes, ils sont en règle avec leur conscience. Et c’est en elle que se forge d’abord, le glaive de l’honneur.

Mois après mois, ces résistants anonymes aux identités codées s’organisent et s’étoffent.

Ils récupèrent et utilisent des armes qui leur sont parachutées, publient des journaux et distribuent des tracts, établissent des faux papiers, récupèrent et transmettent des informations, cachent des juifs, protègent des agents traqués.

Dans la clandestinité, chacun, selon ses réseaux, selon ses moyens, ses aptitudes, résiste.

Tous connaissent le sort qui leur est réservé en cas d’arrestation.

Héroïque comme Jean Moulin, Brossolette, d’Estienne d’Orves, et tant d’autres dont les corps furent démolis sous les coups de leurs geôliers, Fred Scamaroni, de peur de parler, se tranche la gorge et écrit sur le mur de sa cellule, de son propre sang : "Vive la France, vive de Gaulle".

Après quatre années de combats et de sacrifices, le 5 juin 1944, à 21h15, 200 messages filent vers les groupes de résistants. Parmi eux, "les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d’une langueur monotone".

Le jour J est là.

Trains détruits, lignes de communications coupées, embuscades, partout la résistance entre en action.

"La bataille suprême est engagée… C’est la bataille de France et c’est la bataille de la France !".

Ce sera l’un des derniers messages du général de Gaulle prononcé hors du territoire national.

Le 26 août, dans l’immense clameur populaire, le Général rallume la flamme du soldat inconnu, descend les Champs-Elysées et se rend à Notre-Dame, embrassant ainsi l’histoire millénaire de la France.

Le 9 septembre 1944, il préside ici, à l'Hôtel de Matignon, le Conseil des ministres du Gouvernement provisoire de la République française. C’est le premier à se tenir en France, dans Paris libéré.

Cette date consacre le retour de la République en ses murs.

Elle scelle la victoire de notre démocratie.

Entre l’Appel du 18 juin et ce premier Conseil des ministres, une immense bataille militaire et morale fut livrée contre la barbarie.

Le pouvoir des armes l’emporta, mais rien n’aurait été possible sans la force des âmes.

En décidant d’apposer une plaque sur les murs de Matignon, j’ai voulu honorer l’âme de la France combattante sans laquelle notre souveraineté et notre liberté seraient mortes.

69 ans après les faits, quel sera le regard des passants ?

Certains s’arrêteront pour relire cet Appel qui entraîna des jeunes de vingt ans à braver la mort.

Ils se souviendront d’un homme, qui à deux reprises, eut rendez-vous avec l’Histoire en 1940 pour sauver la France, en 1958 pour la redresser.

D’autres, sans doute, jetteront un regard furtif, mais un jour, au détour d’une épreuve, une voix intérieure parlera en eux.

Ce sera celle du courage et de la dignité.

Cette voix est celle qui inspire tous les peuples que l’on méprise, que l’on bâillonne, que l’on réprime.

C’est la voix des nations libres.

Et c’est aussi celle des hommes de bien.

Le mal triomphe devant leur inaction. Mais il échoue toujours devant leur sursaut.

Mesdames et messieurs,

Pour l’Appel du 18 juin, pour notre drapeau qui flotte au dessus de cette cour, beaucoup se sont battus pour que nous n’ayons pas à nous battre à notre tour.

Beaucoup sont tombés pour que nous vivions dans un pays libre et démocratique. Leur mort serait vaine si elle ne continuait pas de l’inspirer aujourd’hui.

La France que nous aimons, la France de la liberté et de la dignité humaine, cette France là nous oblige.

Elle nous oblige au rassemblement national lorsque l’essentiel est en jeu, car il n’y a pas un peuple de droite contre un peuple de gauche, il n’y a que le peuple Français, capable dans son unité de toutes les grandeurs.

La France que nous aimons nous oblige au goût de la vérité plutôt que celui des illusions, au choix de la droiture plutôt que celui de l’esquive.

Elle nous oblige à ne pas emprunter les chemins de complaisance qui, de compromis en compromission, conduisent inéluctablement à la déroute.

Elle nous oblige à ne jamais sacrifier nos idéaux.

Elle nous oblige au souvenir.

"Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines; marins noyés que bercent pour toujours les vagues de l’océan; aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre; combattants de la Résistance tués aux maquis et aux poteaux d’exécution. Votre exemple est aujourd’hui la raison de notre fierté. Votre gloire sera, pour toujours, la compagne de notre espérance".

C’est là, mesdames et messieurs, l’hommage du général de Gaulle rendu à tous ceux dont le dernier souffle se mêla au destin de la France.



Gregory DUFOUR



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