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Des Rhin et Danube dans les combats d'Indochine ou la dernière charge de cavalerie en Extrême-Orient
L'aspirant Francis Masset à la 1ère Armée 9ème D.I.C / 2/6 RIC en 1945
Le 8 Mai 1945, les soldats de la 1ère A.F (Armée française), notamment de la 9ème D.I.C (Division d'Infanterie Coloniale) ne se doutaient pas que, pour bon nombre, d'autres combats restaient à livrer ! En effet, c'est fin mai 1945, que la 9ème D.I.C, stationnée au Wurtemberg (plus précisément à Rottweil, pour le 2/6 R.I.C (2ème Bataillon du 6ème Régiment d'Infanterie Coloniale) était informée d'avoir à se préparer pour continuer la guerre, en Extrême-Orient ! C'est ainsi, que quelques mois plus tard, en septembre, un corps expéditionnaire (le C.E.F.E.O- Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient), composé de la 9ème D.I.C et d'un groupement de la 2ème D.B (Division Blindée), commandé par le Général Leclerc, prenait pied…en Cochinchine. Et ce furent des raids éclair sur My-Thô, Chaudoc, Canthô, Sadec, Tra-Vinh, Vinh-Lông, Long-Xuyên, Triton, Rach-Giâ… et déjà , hélas, nos premiers morts. Il fallut d'abord s'adapter au climat, à des formes de combat où la pitié n'avait pas de place, avec déjà , le sentiment d'être abandonné par la métropole… Heureusement, avec des « patrons » comme Leclerc, Valluy, Massu, Dessert, Daboval, Bigeard, Portal, les Rhin et Danube savaient obscurément qu'ils se trouvaient là , au nom d'une certaine France, dans une guerre qui les dépassait. Combats meurtriés livrés, contrées libérées, sans la possibilité de les occuper, faute d'effectifs suffisants. Les marsouins, les bigors, les sapeurs de la 9ème D.I.C, les soldats de la 2ème D.B, nos marins, nos aviateurs s'illustraient dans des rencontres de plus en plus violentes et sauvages. Fin février 1946, relevée par la 3ème D.I.C, la 9ème D.I.C et le groupement de la 2ème D.B regroupés, se présentaient devant Haïphong, le 6mars, pour y débarquer. Bataillon de tête, le 2/6 R.I.C, aux ordres du Commandant Daboval, embarqué sur cinq L.C.I (101-102-103-104-105) subissait de lourdes pertes, du fait de nos « alliés », les Chinois !
Francis Masset le 8 mars 1946 après son débarquement à Haïphong. Sa
Le 18 mars, c'était l'entrée, en libérateurs, à Hanoï. Nous pouvions être fiers. Hélas, l'auteur de ces lignes, humble aspirant à l'époque ne s'imaginait certes pas que, 8 ans plus tard, il serait l'un des derniers à franchir le Pont Doumer, dans le sens inverse ! En septembre 1946, le 2/6 R.I.C entre autres, quittait Hanoï. 450 hommes pour Nam-Dinh, 250 pour Hai-Duong, villes, où, traîtreusement, ils seront attaqués dans la nuit du 19 au 20 décembre. La vraie guerre commençait. Miraculeusement, après un siège de 82 jours, du 19 décembre 1946 au 10 mars 1947, pour les Rhin et Danube de Nam-Dinh, pour les survivants, la tragédie du moment s'achevait. Vaincus, les VM (Viêt-minh) se retiraient partout… ou presque ! Que d'héroïsme, d'abnégation chez nos combattants, épuisés, jamais relevés, mais toujours conscients de leur DEVOIR. Et la guerre continuait, l'enlisement s'installait. Un sursaut, en 1950, après le désastre de Cao-Bang, le Général de Lattre de Tassigny, galvanisait les troupes, portait des coups sérieux à l'ennemi soutenu par la Chine communiste, voire par une partie de l'opinion de certains de nos compatriotes, sous le couvert d'un pacifisme suspect, scandaleux. De 1952 à 1954, les Rhin et Danube, toujours sur la brèche, continuaient désespérément les combats de plus en plus épouvantables, à l'échelle du monde asiatique. Et ce fut Dien-Bien-Phû ! En 1953, le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc (R.I.C.M), unité la plus décorée de l'Armée française, mettait sur pied, un sous-groupement blindé (le S/GB 3) qui allait écrire une des plus belles pages de l'histoire du prestigieux R.I.C.M. En effet, après avoir guerroyé dans le Son-Tay, le 17 juillet 1954, le S/GB 3 allait venger Dien-Bien-Phû où tant des nôtres sont tombés ! Sous les ordres du Lieutenant-Colonel Thiers, le S/GB 3 comprenait : un escadron de Commandement, un escadron à quatre pelotons de chars M24 aux ordres du Capitaine Strujon, un escadron porté sur half-track, trois escadrons motorisés. Le 5 juillet, le S/GB 3, renforcé du 55ème Bataillon vietnamiens (BVN), du TDKQ 716 (Partisans vietnamiens pro-français), du 14ème BVN, recevait missions de rétablir l'accès sur la RI n°39, menant de Ban-Yen-Nhan (sur la RN5) à Hung-Yên. Du 5 au 17 juillet, des violents combats sont livrés contre le Bataillon 722 du Régiment 64, de la Division 320 viêt.
Francis Masset en convalescence après une grave blessure
Au cours de ces opérations, nous perdons plusieurs véhicules, quotidiennement, avec, malheureusement, des tués, des blessés, encore et encore. Le 17 juillet en fin d'après-midi, le S/GB 3 fait mouvement sur Dong-Lô et Tien-Khê : un peloton de char reste en réserve à Dong-Ly, le 7ème Escadron motorisé « s'installe » à Chô-Suoi, sur la digue du Fleuve Rouge, à 800 mètres au Nord-Ouest de Tien-Khê. Vers 19 heures, le Lieutenant M….. (indicatif radio Papa 55), avec deux half-tracks, circule sur la RI 39, entre Dong-Lô et Tien-Khê. En se retournant, l'officier découvre avec stupéfaction des colonnes viets qui traversent la route, d'est en ouest, juste derrière lui ! Des centaines de Viets foncent vers Thien-Khê. Le PC du S/GB 3 est alerté. Une nuit agitée se préparait. Les quatre coups de réglage amis, fidèles au rendez-vous tombèrent en même temps que le jour. De deux heures en deux heures, les officiers se relayaient au PC radio, en écoute permanente. La nuit s'achèverait sous peu. Ceux qui dormaient dans des trous, sous les chars et les half-tracks comptaient sur ceux qui veillaient. A 4 heures, ce ne fut pas la radio qui réveilla le Commandant d'Escadron d'half-tracks (Lieutenant Dumont Saint-Priest), mais le Sergent Chë venu lui dire tout simplement : " tout est prêt, les Viets sont là ". Il avait suivi l'approche ennemie grâce au clair de lune, il avait silencieusement mis le dispositif en place. Un message radio pour avertir les quatre escadrons et les seize half-tracks en ligne, prêts à ouvrir le feu. Les équipages des chars se coulaient dans leurs blindés, par le dessous, les canisters des A.M étaient chargés dans les culasses des canons de 37mm, les mitrailleurs 12.7 et 7.6 silencieusement armées, les FM (Fusil Mitrailleur ) étaient parés, les fantassins, dans leurs trous, se faisaient petits, FM, fusils et grenades à portée de main. Et ce fut l'orage d'acier et de flammes partout sur la face est et nord. « Mon Lieutenant, les balles se touchent ! » dira le Sergent-Chef Udot. Dans le fracas, les hurlements, la masse des assaillants viets collait aux lisières et les armes par bandes et chargeurs complets hachaient dans les ombres du clair de lune ou dans les paquets d'hommes dévoilés par les éclairants. L'artillerie, de Dong-Lô, couvrait la position de tous ses tirs appliqués au plus juste, mais aucune arrivée ne fut pourtant perçue du PC, tant le tonnerre était général ! Les feux, toujours aussi violents semblaient s'engluer, sans effet, ne parvenant qu'à broyer au dernier moment ceux qui, toujours renouvelés, partaient pour un dernier assaut. Alors, pour desserrer l'étreinte, les chars foncèrent plein phares hors des lisières. La masse des Viets se referma sur eux, avide de placer ses charges explosives, mèche allumée ! Les chefs de chars « nettoyaient » leur blindage au PM (Pistolet mitrailleur). Tirant et broyant, les chars M24 Chaffee se firent un passage, ébranlant la foi de l'adversaire, exaltant, s'il était nécessaire, tous ceux qui, rivés à leurs armes, continuaient à faucher la nuit et le jour naissant. Quand le jour se leva, tout était consommé, dantesque. « Deux cents morts viets étaient là , brisés sur leur axe d'attaque. Les plus proches entassés au bord des premiers emplacements, gisaient, hachés ou écrasés au milieu des armes jugulées par la violence de la riposte. Neuf Viets purent regarder l'objectif de l'intérieur, ils en avaient acquis le droit, comme blessés ou prisonniers. Combien d'autres blessés, récupérés par les leurs ? » (Référence archives du R.I.C.M) La presse nationale de l'époque qualifiera ce fait d'Armes, de « Dernière charge de cavalerie, en Extrême-Orient ». La chance, cette nuit-là , n'avait pas été avec la 320ème Division Viet, qui envisageait la destruction totale du S/GB 3. Les marsouins du glorieux R.I.C.M avaient, une fois encore, prouvé leur valeur. Pour la plupart, ils étaient des Rhin et Danube. par le Colonel (er) Francis Masset, Grand Officier de la Légion d'Honneur, membre d'honneur du Cercle Esprits de Défense Nota - Le Colonel Francis Masset a puisé dans ses souvenirs et des documents aimablement communiqués par le Colonel de Widerspach-Thor, Commandant le R.I.C.M, dans les années 80.
1. Posté par
Lepetitgeneral
le 07/02/2008 10:55
Article très intéressant d'une guerre lointaine que l'on a voulu nous faire oublier. Merci de nous rappeler ces faits d'armes et de ceux qui ont donné la vie pour la France ! Ne les oublions pas !
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