Commémoration du 8 mai : les Français victimes d'un trou de mémoire ?



Commémoration du 8 mai : les Français victimes d'un trou de mémoire ?

Que faisons-nous de la liberté et de la paix qui nous ont été rendues par tant de soldats venus de France mais aussi du monde entier ? Ces hommes tombés qui n’ont pas pu connaître et célébrer ce 8 mai 1945, cette journée d’espérance pour deux générations qui avaient connu la première guerre mondiale, puis l’embrasement mondial dès 1939 ?

Sommes-nous finalement dignes de ces hommes morts pour que la France redevienne la véritable France, celle d’avant 1939, celle d’avant l’installation de cet abject régime de Vichy auquel, hélas, de nombreux compatriotes avaient souscrit, en silence, renonçant ainsi à la Résistance face à l’inacceptable ?

Non ! Nous n’en sommes véritablement pas dignes lorsque l’on constate l’absence quasi-totale de la population française aux cérémonies commémoratives dans des grandes villes aussi symboliques que Metz. Metz qui a connu en l’espace de 70 ans deux annexions allemandes, la germanisation à marche forcée, l’enrôlement de force de nombreux Alsaco-Mosellans dans les unités de la Wehrmacht, ces "Malgré-nous" et ces "Malgré-elles" auxquels le Président de la République a rendu, 65 ans après les faits, un hommage appuyé à Colmar le 8 mai dernier.

Hormis les officiels et quelques militaires devant participer à ces cérémonies qui y-avait-il vraiment comme public ? A Metz, ce 8 mai 2010, le public ne dépassait pas les 30 personnes au monument aux Morts. Pour la prise d’armes organisée à l’issue, près de 80 personnes. Metz, une ville de garnison de 124 000 habitants comptant de surcroît plusieurs milliers de militaires. Où était la population ce 8 mai 2010 ? Où étaient les familles de soldats et d’anciens combattants ? Ces soldats qui souhaitent que la population ne soit pas indifférente à la restructuration militaire décidée par le Président de la République en juillet 2008 ? Ces mêmes soldats qui représentent aujourd’hui une nouvelle génération du feu avec les nombreuses sollicitations en termes d’opérations extérieures auxquelles ils doivent répondre ? Où est donc la solidarité entre les générations du feu ? Ont-ils eux-mêmes mobilisés leurs proches pour commémorer nos vétérans et nos Morts ? Drôle d’époque à l’heure où les Français sont prêts à s’empoigner dès lors que l’on parle d’identité nationale mais qui ne viennent pas commémorer leurs Héros ! Drôle d’époque également où l’on voit à ces deux cérémonies officielles le Préfet de Région (également Préfet de la Moselle) transmettre devant le monument aux Morts un message du Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, tout en autorisant l’ouverture des magasins en Moselle un 8 mai ! Belle contradiction au sommet de l’Etat !  Belle manière de respecter une journée faite à la base pour commémorer nos Morts et Héros et non pour « honorer » la société de consommation et de loisirs qui a engendré l’individualisme, l’égoïsme, le repli sur soi, bref l’opposé du sacrifice de nos Anciens et de ce que doit être la France

Alors, face au manque de participation de la population, ne devrait-on pas supprimer les 8 mai et 11 novembre comme jours fériés dans la mesure où les Français préfèrent aller faire les magasins plutôt que de commémorer le sacrifice de leurs aïeux et que le sentiment national ne semble guère les intéresser, à l’exception il est vrai, et ce qui marque encore une fois l’importance de la société des loisirs, des prestations des diverses équipes de France sportives ? Comme le rappelait le très intéressant rapport Kaspi sur la modernisation des commémorations publiques, la commémoration est en effet assimilée à une distraction, une rupture avec la vie quotidienne et le lieu de travail. La signification historique est oubliée. Le pique-nique ou la baignade prend la place de la communion.

Au-delà des concurrences mémorielles et de l’explosion depuis 10 ans des journées de commémorations nationales  (6 nouvelles commémorations nationales créées entre 1999 et 2006) due aussi à l’émergence médiatique de « communautarismes » de plus en plus revendicatifs en terme de « réinterprétation » de l’Histoire de France (donnant lieu trop souvent à une repentance détestable avec l’accord du politique qui va à l’encontre même des fondements de notre République, de notre Histoire, de notre dignité et de notre Honneur), la solution viendrait peut-être de la nécessité de rassembler de se concentrer autour des 8 mai, 14 juillet et 11 novembre en limitant ainsi l’éparpillement des commémorations ? Bien que cela soit leur devoir, encore faut-il que le Gouvernement, l’Etat, les Parlementaires et les collectivités territoriales, manifestent le souhait de dynamiser concrètement ces commémorations nationales voire de les réinventer afin de faire venir le maximum de nos compatriotes et de nos jeunes et d'oeuvrer ainsi à un rassemblement nécessaire de la Nation. Or, on peut légitimement s’interroger sur leur volonté de renforcer la cohésion nationale autour de la commémoration de ces dates et de nos Morts qui ont marqué à jamais notre Histoire nationale. Ce n’est pas en effet en réduisant les moyens de la Direction Mémoire Patrimoine et Archives (DMPA) et de ceux de l’Office national des Anciens Combattants (ONAC), en cédant à l’abjecte repentance communautariste (voire électoraliste) et en ne donnant pas suite aux préconisations tout à fait intéressantes du rapport Kaspi, deux ans après sa parution, que le lien Armées-Nation et la mémoire combattante française, incarnée notamment par nos 250 000 titulaires de la carte d’anciens combattants de 1939-1945 encore en vie, en sortiront renforcés et davantage soutenus par nos compatriotes.

Le Général de Gaulle disait que « la France est au-dessus des Français ». La mémoire combattante française est sans doute également au-dessus d’eux. Elle les dépasse assurément, victimes semble-t-il d’un « trou de mémoire » collectif. Si le Général de Gaulle pouvait voir la façon dont les Français d'aujourd'hui honorent leurs Héros et leur Histoire nationale, nul doute aurait-il déclaré : « Mort aux cons ! Vaste programme ! »

Gregory Dufour
Président du Cercle Esprits de Défense
Auditeur de l’IHEDN







1.Posté par Nico le 14/05/2010 11:17 (depuis mobile)
Heureusement que la jeunesse des lycées militaires et l'armée sont là pour relever le niveau!

2.Posté par Festor le 14/05/2010 11:33
Les Français se foutent de ces journées et ne pensent qu'au jour férié qui est un "du". Mais ce ne sont pas les seules. Quand on enterre un ancien qui s'est battu en Indo et qui faisait partie de toutes les amicales d'anciens "combattus", aucun d'eux non fait l'effort de venir lui rendre un dernier hommage. Voilà notre France d'aujourd'hui. C'est une France de profit. Le respect est l'histoire, tout le monde s'en cognent. Nous faisons figures de Dinosaures et les histoires d'anciens qui ont libéré la France ne concernent que trop peu de personnes. Je suis pour que l'on vote, un texte de loi qui oblige les écoles et enfants à venir aux commémorations. Si les enfants sont concernés, il y a fort à parier que les parents retrouveront également une fibre patriotique.

3.Posté par Thierry le 14/05/2010 13:35
La société française est bien malade et je pense que ce malade est dans un état critique. Nous sommes les pires individualistes des sociétés occidentales, ceci en partie dû aux préceptes que notre Napoléon Bonaparte a su mettre en place, "diviser pour mieux régner". Cette formule a été bien appliquée et continue de faire son chemin parmi nos trés chers élus. Comment pouvons nous alors,être encore surpris par cette non participation des "citoyens" aux cérémonies commémoratives. Qui se soucie du bien être de son voisin. Le "politiquement correct", a pris la place au patriotisme qui devrait être la valeur essentielle dans une société. Malheureusement, il y a peu d'espoir que cette situation s'inverse, car pour cela, il faudrait une volonté politique et une prise de conscience nationale, autrement dit, c'est une UTOPIE.

4.Posté par Alexandre le 14/05/2010 19:46
je suis bien d'accord avec toi c'est pour cela que moi j'ai intervenu dans les 2 écoles de mon village pour mobiliser la jeunesse, une chose dont j'y suis arriver mais si le temps n'est pas de la partie.Moi depuis mon plus jeune age je n'ai j'amais ratté une cérémonie je trouve ça honteux de la population Française. Il faut honnoré nos anciens car s'en eux que serions nous actuellement le devoir de mémoire est trés important.Moi en tant que vice président du souvenir français de gignac et porte drapeau des anciens combattants et du souvenir français j'oblige les enfants des écoles de notre canton a être présents aux cérémonies

5.Posté par jean-claude le 15/05/2010 16:57
Il est vrai que les générations "récentes" n'ont aucun sens du sacrifice et ne pensent qu'aux loisirs. Mais, "la roue tourne" et je souhaite que les jeunes mangent de la "vache enragée".

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