8 juin : journée nationale d'hommage aux Morts pour la France en Indochine



Le Colonel Francis Masset (alors Lieutenant) donne ses conseils avant le choc du 17 juillet 1954 dans le Son-Tay
Le Colonel Francis Masset (alors Lieutenant) donne ses conseils avant le choc du 17 juillet 1954 dans le Son-Tay

"Le temps révèle tout : c'est un bavard qui parle sans être interrogé." Euripide

2011 commémorera le 65ème anniversaire du début de la guerre d’Indochine et le 57ème anniversaire de la Bataille de Dien Bien Phu.

L’Indochine, une guerre faite par des professionnels qui avaient, pour une grande partie d’entre eux, déjà combattu en Europe, une guerre si loin de la métropole, une guerre où des dizaines de milliers de soldats français sont morts pour la France au combat ou dans ces camps concentrationnaires communistes et ce dans une indifférence quasi générale. Une guerre qui reste encore aujourd’hui bien oubliée par les historiens, par les manuels scolaires d’histoire, par les livres d’histoire, par les recherches universitaires, par les productions artistiques à de rares exceptions près il est vrai.

Combien de soldats blessés au combat tel le Colonel Francis Masset, membre d’honneur du Cercle Esprits de Défense, ancien d’Indochine, touchés dans leur âme et dans leur chair sont-ils revenus en métropole sur des navires-hôpitaux à Marseille, accueillis sous les huées et coups de boulons de dockers français ayant embrassé la cause viet-minh ?

Sujet tabou d’une France qui aura honteusement attendu 51 ans avant de publier le décret n°2005-547 du 26 mai 2005 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine fixée au 8 juin de chaque année. Une date non pas choisie parce qu’elle correspondait à un fait d’armes, mais parce qu’elle correspondait au transfert, le 8 juin 1980, des cendres du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de « Notre Dame de Lorette » à Albain Saint Nazaire dans le Pas-de-Calais. Soldat inconnu, soldat disparu,… ?

Mais combien sont-ils ces soldats français toujours disparus reposant quelque part, là-bas, si loin en Extrême-Orient ? 10, 100, 1 000 ? Non, près de 15 500 !

Depuis 1954 et les accords de Genève qui allaient mettre fin à cette guerre coloniale et marquer le début d’une ère de terreur dans le sud-est asiatique avec la mise en place de régiments communistes totalitaires, près de 15 500 dépouilles de soldats français reposent toujours sur cette terre indochinoise. 15 500 dépouilles ! Les efforts diplomatiques et politiques pour rapatrier l’ensemble des corps, n’ont tous pu aboutir dans leur intégralité, faute de détermination française et faute de bonne volonté exprimée par les gouvernements vietnamiens.

En août 1986, la France et le Vietnam signaient un protocole d’accord qui prévoyait le rapatriement, en trois phases, des corps des soldats français morts au cours de la guerre d'Indochine. Les deux premières phases, réalisées en 1986 et 1987, avaient permis, selon le ministère de la Défense, le transfert d'environ 24 500 sépultures en provenance des cimetières du Sud-Vietnam (Vung Tau et Tan Son Nhut) et du grand cimetière de Ba Huyen, près de Hanoï. Toutefois, la troisième phase, consistant à rapatrier les corps de 15 500 soldats français reposant dans des tombes éparses ou isolées, n'aurait jamais pu être entreprise.

Selon le ministère de la Défense dans une réponse à un parlementaire publiée le 22 février 2011, cette situation s'expliquerait par deux raisons. Tout d'abord, les relations avec le Gouvernement vietnamien de l'époque sur ce sujet étaient complexes et parfois ambigües. En second lieu, la recherche des sépultures dites « de la troisième phase » devenait elle-même problématique. En effet, il serait vite apparu peu réaliste d'envisager de retrouver des corps identifiables, notamment sur le site de la bataille de Dien Bien Phu profondément modifié depuis et partiellement urbanisé. Il en serait de même, dans la jungle, des sépultures des victimes des camps de prisonniers ou des combats du Tonkin, absorbées par la végétation. À la suite d'une réunion tenue le 8 octobre 1987 au secrétariat général du gouvernement, il aurait été décidé que la poursuite éventuelle des opérations de rapatriement dépendrait du résultat des travaux de la commission mixte franco-vietnamienne ad hoc créée en 1986. Il aurait alors été envisagé de ne procéder, le cas échéant, qu'aux rapatriements présentant les meilleures garanties de fiabilité. Cet aspect concernerait environ 1 500 tombes situées dans le centre du pays (à Hue, à Da-Nang et à Qy Nhon). Cette solution n’aurait pas été retenue et la commission mixte n'aurait plus été réunie ! Depuis, il aurait été jugé préférable de limiter les actions à la préservation des sites dûment identifiés, tels que le monument commémoratif érigé à Dien Bien Phu dont l'ambassade de France aurait pu obtenir la reconnaissance par les autorités vietnamiennes, ou encore le cimetière de Da Nang pour l'entretien duquel des crédits sont régulièrement délégués par le ministère de la défense.

De leur vivant, les soldats français n’étaient déjà que peu soutenus par les politiques et médias de l’époque (nos soldats actuellement en opérations extérieures en Afghanistan et ailleurs le sont-ils plus aujourd’hui ?), et notamment par certains élus de la République qui avaient choisi délibérément de soutenir les Viêt-Minh plutôt que leurs propres compatriotes qui versaient leur sang pour la Patrie. Aujourd’hui, 65 ans après le début du conflit indochinois, la France n’en a toujours pas de panser ses plaies, restées ouvertes au fil du temps, des plaies toujours aussi douloureuses notamment pour les Anciens Combattants toujours en vie consternés par l’oubli collectif de cette guerre, consternés par cette absence de transmission aux plus jeunes générations. Il arrive parfois que l’ombre de cette guerre s’invite dans l’actualité comme ce fut le cas récemment avec l’un des plus  illustres soldats de la bataille de Dien-Bien-Phu de 1954 : le Général Marcel Bigeard. Décédé le 18 juin 2010 à l’âge de 94 ans, il avait exprimé sa volonté de voir ses cendres dispersées au-dessus de Dien-Bien-Phu, cette petite plaine au nord-est du Tonkin qui allait voir 4 000 soldats français tombés. Une dernière volonté qui n’a reçu jusqu’alors, faut-il s’en étonner, qu’une fin de non-recevoir de la part des autorités vietnamiennes. Depuis les responsables politiques et diplomatiques français se font particulièrement discrets sur ce dossier tout comme ils l’ont été pour la poursuite du rapatriement des corps des 15 500 soldats français oubliés dans l’ancienne Indochine.

Au-delà des concurrences mémorielles et de l’explosion depuis 10 ans de plusieurs journées  de commémorations nationales (6 nouvelles commémorations nationales créées entre 1999 et 2006), la France a décidément bien du mal à assurer et à assumer sa propre mémoire combattante, la mémoire combattante de celles et de ceux tombés pour elle, ici et là-bas en Orient sur ordre du politique. Espérons que les Français ne mettront pas en pratique la célèbre citation du maréchal Ferdinand Foch qui affirmait : « un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ».

En ce 8 juin, honorons ensemble nos Morts d’Indochine. 
  







1.Posté par Rednak Ivan le 15/07/2011 01:05
J'aimerai apporter une précision au sujet de l'article sur l'Indochine de Monsieur Gregory Dufour:
C'est le sergent RODEL Rolf un ancien légionnaire qui de sa propre initiative à acheté le terrain à Diên Biên Phu et à construit seul, le Monument aux morts en hommage a ses camarades disparu dans les combats.Cela ne s'est pas fait d'un claquement de doigt. Sur la plaque du monument il y a l'inscription:"Ce monument a été érigé à l'initiative personnelle et construit par ROLF RODEL, ancien sergent chef du commando de la 10e Compagnie du 3/3 REI de la Légion Etrangère pendant les combats au P.A. Isabelle. Inauguré le 7/05/ 1994 a l'occasion du 40 e anniversaire de la bataille de Diên Biên Phu avec le soutien de la Légion Etrangère, de l'ANAPI et de la Fédération des Anciens de la Légion Etrangère" .
Le seul but de RODEL Rolf était de faire reconnaître Officiellement par la France ce Monument, de prendre contact avec les Autorités Vietnamiennes pour la reconnaissance Officielle de ce monument et de faire une cérémonie Commune pour tous les morts (Viet Minh et Français)
Malheureusement, le sergent RODEL Rolf ne verra pas le bout du tunnel, car il décède le 5 janvier 1999. Rendons hommage à ce soldat d'honneur qui a soulevé des montagnes pour arriver à créer un Monument à la gloire de ses camarades morts aux combat et ce dans un pays encore ennemi.
Mais ne rendons pas hommage aux gouvernements succéssifs qui se sont déchargés du dossier. Honte à ces politiques. Le seul en fait qui à plus ou moins réglés ces problèmes, il faut le reconnaître c'est Jacques Chirac.

2.Posté par MONTAGNE Julien le 20/07/2011 19:42
Bonjour,
Merci pour votre site.
Les Soldats français d'ndochine sont les oubliés de la Nation Française.
Agé de 55 ans, faisant des recherches sur mon oncle, du 3 BCCP, capturé en octobre 1950 sur la RC4,mort en captivité en octobre 1950 dans un camp du Tonkin, c'est cdans ces recherches que j'ai appris l'histoire de cette Guerre. J'ai fait des études jusqu'à plus de 20 ans, je connaissais l'existence de cette guerre, mais jamais aucun cursus d''éducation ne m'en a apprit la réalité.... POUQUOI???
Que dire de tous ces morts, ces jeunes Français morts pour leur Pays, que l'on oublie là bas, sans sépulture décente.
Dire que l'on ne sait pas où ils sont enterrés est faux pour beaucoup d'entre eux. Que dire des 600 d'entre-eux, oubliés sur un mamelon de NAPHEO, "la coline des Français qui dorment"???
Le scandale continue, mais il est vrai que ma génération partie, ils seront alors complètement oubliés.
La France a oublié ses enfants morts pour elle...
Cordialement

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