Que serait la France, sans ses sondages quotidiens ? Que serait notre pays sans ces faiseurs d’opinions dont la fiabilité laisse songeur ? Sous-entendraient-ils que les Français ne seraient pas capables de penser par eux-mêmes ?
Le Figaro Magazine et Opinionway ont réalisé fin septembre un sondage, peu commenté au demeurant, en demandant à 1 071 personnes (1) quel serait leur gouvernement idéal. Si au premier abord, la question n’est en rien des plus intéressantes tant la rengaine relative à un hypothétique remaniement ministériel automnal reste quotidienne, on peut néanmoins observer, en décortiquant ce dernier sondage d’un peu plus près, une question tout à fait intéressante ainsi qu’une réponse tout aussi surprenante.
A la question « Pour chacun des secrétariats d’Etat suivants, faut-il supprimer selon vous celui des… », le secrétariat d’Etat arrivant grand vainqueur est : le secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants (en réalité il se dénomme secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants). Il est ainsi largement en tête avec 60 % des sondés qui souhaiteraient sa suppression. A titre d’exemples, celui des Aînés ou celui des Sports recueillent respectivement 19 % et 30 % des « voix » des sondés.
Ainsi un secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants serait moins important pour ces personnes sondées qu’un secrétariat d’Etat aux Sports ? Il est vrai que vu le peu de citoyens allant manifester leur appartenance à la France et à ceux morts tant pour elle que pour eux, notamment lors des commémorations nationales au très faible écho médiatique, il n’y a donc, hélas, guère de surprise dans la réponse donnée par ces quelques personnes sondées.
Mais, ce sondage, afin d’être un peu plus intéressant, aurait dû poser une autre question : connaissez-vous les attributions du secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants ? La réponse n’aurait assurément pas été très surprenante, tant il est vrai que ces personnes sondées possèdent assurément de sérieuses lacunes dans la connaissance réelle, et non fantasmée, des institutions françaises, bien que la chose publique, la res publica, soit LE thème numéro 1 débattu dans les cafés, bistrots ou repas de familles.
Mais, prenons-nous un instant à rêver ! Imaginons que les personnes sondées répondent correctement à cette nouvelle question. Celles-ci nous auraient ainsi particulièrement surpris en nous apprenant notamment que ce secrétariat d’Etat assiste le ministre de la Défense et connaît des affaires qu'il lui confie en matière d'Anciens Combattants et de victimes de la guerre, de lien entre les armées et la Nation et de réserve militaire. Sans doute nous auraient-elles surpris en nous apprenant que ce secrétariat d’Etat a également la tutelle de l’Office national des Anciens Combattants et des Victimes de guerre et de l’Institution nationale des Invalides. Sans doute nous auraient-elles renvoyés au décret n° 2009-825 du 3 juillet 2009 relatif aux attributions déléguées au secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants paru au journal officiel ? (Non, le journal officiel n’est définitivement pas un journal « people », bien qu’il dévoile, à chaque promotion, les heureux récipiendaires de distinctions nationales en tout genre !)
Bref, ce rêve éphémère de voir des personnes sondées répondre correctement aux différentes attributions du secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants aurait été particulièrement instructif ou aurait pu agir comme une piqure de rappel.
Mais, trêve de plaisanterie, revenons à nos moutons. La réponse un temps soit peu surprenante donnée par les personnes sondées à la question du sondage Le Figaro Magazine-Opinionway de septembre dernier pourrait trouver son fondement dans le manque de médiatisation non seulement de l’actuel secrétaire d’Etat que de ses actions. Si ce secrétariat d’Etat reste peu médiatisé, cela est peut-être imputable au fait qu’il reste dirigé par un homme politique dont le charisme ne dépasse guère le département du Var, un département où il exerce actuellement plusieurs mandats locaux, alors que les secrétaires d’Etat précédents venaient souvent de l’Est de la France. Des politiques de l’Est de la France (Jean-Marie Bockel, Jean-Pierre Masseret pour ne citer qu’eux) qui étaient très sensibles à ce porte-feuille ministériel, du fait même que l’Est et ses habitants ont écrit, non sans de grands sacrifices, une grande partie de l’Histoire de France. Sans doute faut-il y chercher un problème d’emploi du temps de l’actuel secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, car entre ses fonctions ministérielles, ses fonctions de Maire de Toulon, de Président de la Communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerranée, il n’y peut y avoir que très peu de place pour promouvoir ce secrétariat d’Etat et ses multiples attributions en dehors des quelques commémorations et « inaugurations de chrysanthèmes » officielles organisées sans panache et sans écho médiatique avec quelques porte-drapeau et quelques jeunes « réquisitionnés » pour l’occasion ?
Mais, s’il convient de se méfier de ces sondages, reconnaissons leur au moins un mérite : celui de nous permettre de temps à autres de nous interroger sur ce qui fait la France, sur ce qui nous lie les uns aux autres autrement qu’à travers le prisme particulièrement déformé d’un soutien imposé, cette fois-ci par les médias, de Français à une équipe de France de football, démontrant si besoin était à quel point notre sentiment national est tombé bien bas pour ne le résumer au final qu’à un soutien médiatisé (sous l’œil bienveillant de sponsors) d’un grand nombre de nos compatriotes à des joueurs professionnels évoluant pour la plupart d’entre eux tant sportivement que fiscalement en dehors de l’Hexagone. Des joueurs revêtant, lors de rendez-vous internationaux, un maillot tricolore frappé du coq gaulois et… du logo du fabricant. Des maillots fabriqués en Asie par une grande entreprise mondialisée. Des maillots qui nous renvoient finalement, de façon inconsciente, à l'action sous-jacente mais bien présente d’une mondialisation qui tente de s’immiscer vicieusement dans ce qui reste de la Nation et du sentiment national encore présent - et pour combien de temps - chez de nombreux Français. Une mondialisation qui fait de cette équipe de France de football, non pas la vitrine d’une France qui aimerait se retrouver en cette équipe « nationale », mais bel et bien un support marketing à part entière permettant de dégager des profits destinés à des actionnaires toujours plus gourmands, et réalisés ainsi sur le dos de ce maigre sentiment national subsistant en France.
En restant terre à terre, plusieurs questions peuvent en ce sens nous tarauder en examinant ce sondage : doit-on l’interpréter comme un test pour l’Elysée dont le remaniement aurait lieu cet automne ? Le Président de la République peut-il prendre le risque, alors que les restructurations militaires battront leur plein jusqu’en 2012, de supprimer ce secrétariat d’Etat et donner ainsi un signe particulièrement négatif aux Anciens Combattants, réservistes, acteurs en tout genre du lien Armées-Nation ? Pourra-t-il balayer d’un revers de main, à quelques mois d’une campagne présidentielle qui s’annonce d’ores et déjà serrée, l’engagement de celles et ceux qui œuvrent à maintenir un temps soit peu la cohésion nationale, le rappel du sacrifice de nos Anciens comme de celui des nouvelles générations du feu, qui restent, pour ces dernières, totalement absentes de nos médias ?
Non, le Président de la République ne suivra pas cette voie, car il connait bien toute l’importance que revêt cette dimension au sein d’un gouvernement et aux yeux des Français majoritairement non sondés, des Français qui souhaitent un retour aux fondamentaux, aux racines du lien qui nous unit les uns aux autres depuis des siècles et que la mondialisation et quelques illuminés tentent petit à petit de broyer, voulant faire des Français, des simples citoyens du monde sans port d’attache, sans mémoire collective, au nom d’une farouche volonté de gommer les traditions, les us et coutumes séculaires de la France pour assoir une France « multiculturelle » et communautarisée. Non, le Président de la République ne pourra pas suivre et ne suivra pas cette voie démagogue, populiste, anti-républicaine, tentant de l’encourager à supprimer ce secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants. Ce serait en tout cas une injure pour nos Anciens Combattants survivants et pour la mémoire de leurs compagnons disparus. Ce serait tout simplement une injure à la France. Ce serait porter un coup ignoble à l’âme de la France.
Néanmoins, quelques ajustements pourraient être nécessaires. Sans doute, conviendrait-il lors du prochain remaniement de changer l’appellation du secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants et le renommer en secrétariat d’Etat du lien Armées-Nation. N’est-ce pas ce lien qui reste finalement le véritable porteur, le véritable vecteur de notre identité nationale, bien plus que ne peut l’être un ministère de l’identité nationale aussi contesté dans son fondement que dans ses actions ? Ce secrétariat d’Etat devrait redevenir un ministère à part entière, comme ce fut le cas jadis, afin d’en finir avec les appellations de seconde division et de démontrer ainsi toute l’importance attachée par l’Elysée et Matignon à ce qui unit encore les Français. Un nouveau ministère qui pourrait échoir à une personnalité expérimentée et charismatique et particulièrement connaisseur de la mémoire combattante, du lien Armées-Nation et de leurs significations. Vu la majorité UMP actuellement au pouvoir, cette personnalité ne pourrait être que de droite, sauf s’il existe une volonté d’ouverture de la part du Président de la République, ce qui à la veille d’élections présidentielles semble peu probable. Un homme politique tel que le Sénateur de Meuse, Gérard Longuet, aurait par exemple suffisamment d’expérience et de charisme pour porter ce nouveau ministère. Mais ceci fera à coup sûr l’objet d’un nouveau sondage !
Alors, d’ici là, on reste fébrile, quant aux résultats d’un tel sondage, et on se laisse bercer par l’idée qu’une telle prise de conscience et qu’un tel renforcement visible et politique du lien Armées-Nation puissent enfin voir le jour en France d’ici 2012 !
(1) On peut douter de la crédibilité d’un tel sondage et notamment sur les 1 071 personnes interrogées. N’y-a-t-il pas d’ailleurs parmi ces personnes sondées, des touristes américains, allemands, chinois ou quelques clandestins ? Ou bien la nationalité française était-elle une condition pour participer à ce sondage ?