60 ans de l'OTAN : vers une nouvelle ère dans les relations USA / Europe au sein de l'Alliance ?



Nicolas Sarkozy, Anders Fogh Rasmussen, Angela Merkel et Barack Obama, le 3 avril 2009 lors du dîner du Sommet de l'OTAN à Baden-Baden
Nicolas Sarkozy, Anders Fogh Rasmussen, Angela Merkel et Barack Obama, le 3 avril 2009 lors du dîner du Sommet de l'OTAN à Baden-Baden

Il y a soixante ans, lorsqu’ils signèrent, à Washington, le Traité de l’Atlantique Nord, les Alliés, dont la France, entendaient répondre à la menace qui pesait alors sur la démocratie, le règne du droit et les libertés.

A cette époque, alors que la Guerre froide allait se développer et que la République fédérale d’Allemagne allait naître, personne n’aurait imaginé que l’OTAN célébrerait un jour ce 60ème anniversaire à la frontière franco-allemande à Strasbourg et Kehl.

L’Alliance atlantique a été jusqu’en 2001 et jusqu’à son intervention en Afghanistan une réussite. Les ennemis d’hier sont devenus des alliés. L’OTAN et la Russie coopèrent aujourd’hui de manière apaisée. La paix et la stabilité instaurées dans le cadre de l’Alliance ont jeté les bases d’un développement économique sans précédent, réalisé dans la liberté. L’OTAN a pu empêcher qu’un conflit armé n’éclate en Europe au cours de la Guerre froide. En coopérant tout en maintenant sa capacité de se défendre, l’Alliance a contribué de façon déterminante à faire disparaître la division de l’Europe.

Les Etats membres de l’OTAN s’étaient unis dès 1949 par une même volonté de voir la paix régner dans toute la zone euro-atlantique. L’Alliance a pris très au sérieux son engagement à cet égard : elle s’est tenue prête quand il s’est agi d’assurer la mise en œuvre de l’accord de paix de Dayton pour la Bosnie-Herzégovine.

Dans le conflit du Kosovo, l’Alliance, et il convient de le dire, les Américains, faute d’une action efficace des Européens, sont encore montrés résolus à prendre en charge la recherche d’une solution pacifique et durable aux problèmes que connaissent les régions en proie en Europe aux hostilités.

Après les transformations récemment survenues en Europe, le message du 4 avril 1949 est à retenir aujourd’hui plus que jamais ! Les parties du Traité de l’Atlantique Nord restent déterminées à sauvegarder la liberté de leurs peuples, leur héritage commun et leur civilisation, fondés sur les principes de la démocratie, les libertés individuelles et le règne du droit. Ces valeurs sont celles auxquelles aspirent encore les Etats du continent dans leur quasi-totalité.


Logo officiel du 60ème anniversaire de l'OTAN
Logo officiel du 60ème anniversaire de l'OTAN

L’OTAN a aidé à leur donner une expression concrète en exportant la stabilité et en projetant la paix dans la zone euro-atlantique. Néanmoins, cette volonté ne doit pas amener l’OTAN à se substituer aux organisations internationales telles l’ONU et à mener des actions qui pourraient être interprétées notamment pour des pays hostiles aux Etats-Unis, et donc à leurs Alliés faisant partie de l’Alliance, comme une forme d’interventionnisme exacerbé né de la volonté de néo-colonialisme d’un Etat américain dont l’hyperpuissance est mise à mal notamment avec l’émergence soutenue de l’Asie. Depuis le 11 septembre 2001 et l’attentat sur le sol américain d’Al-Qaïda, l’Alliance a développé ses actions en se donnant les moyens d’intervenir à l’extérieur de ses territoires : depuis 2001 en Afghanistan, en 2004 au Kosovo, en 2008 au large de la Somalie. Interventions extérieures très coûteuses en deniers publics, très coûteuses en vies et prises généralement de façon unilatérale. Rien qu’en Afghanistan, ce sont ainsi près de 1 115 soldats de l’Alliance qui sont morts en opération dont 27 soldats français (sur les 2 800 Français fournis à l’Alliance).

La tentation de plus d’interventionnisme à l’extérieur de la zone euro-atlantique fut grande sous les mandats de George W. Bush.

Au Sommet de Strasbourg-Kehl, l’Alliance a fêté non seulement son 60ème anniversaire en présence du nouveau Président américain, Barack Obama, mais aussi la réintégration de la France au sein du commandement militaire de l’OTAN. Cette rencontre  qui s'est déroulée les 3 et 4 avril 2009 pourra peut-être être interprétée comme une nouvelle politique américaine, rompant ainsi avec la politique très controversée que George W. Busch aura menée durant deux mandats.

En réintégrant ce commandement militaire, la France est désormais partie intégrante de l’ensemble des structures de l’OTAN. Car la France, depuis 1966, n’a jamais quitté l’Alliance contrairement à ce que certains démagogues ou anti-américains (une mauvaise habitude française d’être contre les Américains, mais aussi contre les Russes, contre les Chinois, sauf d’être contre les imbéciles) ont laissé sous-entendre dans leurs diverses interventions médiatiques ! La situation géopolitique de 1966 n’est plus la même aujourd’hui ! Le monde a changé. La France est déjà à 90% dans l'Alliance (dans 36
comités sur 38) et elle reste l'un des principaux contributeurs en hommes et en financement à ses opérations (Bosnie, Kosovo et Afghanistan). De plus, sa coopération militaire quotidienne est déjà très développée avec l'Alliance depuis une dizaine d'années où près de 80 officiers travaillent quotidiennement dans les différents instances atlantiques. Ce n’est qu’en étant totalement à l’intérieur que la France pourra tenter de changer les choses, que la France pourra faire entendre sa voix.

De bien entendu, cette réintégration pleine et totale de la France n’est pas sans soulever quelques questions : la France ne risque-t-elle pas de perdre de son indépendance et de subir la pression pour être entraînée dans des guerres qui ne sont pas les siennes ? Ne risque-t-elle pas de devoir s’aligner sur les Etats-Unis ?  La France ne risque-t-elle pas d’être noyée dans cet ensemble ? La France ne risque-t-elle pas de devoir davantage mettre de soldats et de moyens à la disposition de l’OTAN ? Si oui, dans quels cadres et avec quels objectifs ?

Il est vrai qu’à ces questions des réponses devront être trouvées. Ce sera au Président de la République, Chef des Armées, au Premier Ministre, Responsable de la Défense nationale, au Parlement français qu’il conviendra d’apporter des réponses précises aux Français et, sans doute, de mieux les informer. Mais si le Président de la République a un rôle important à jouer, les Français devront également prendre leurs responsabilités en s’intéressant davantage aux questions de Défense et de mieux s’approprier les enjeux d’aujourd’hui parce que, et il convient de le rappeler, les questions de Défense font partie intégrante de la citoyenneté. Il serait illusoire de croire que la France, tel le village d’Astérix, pourra vivre sans prendre en considération l’évolution du monde et de ses dangers.

L’engagement de la France, puissance nucléaire, de l’Europe et des Etats-Unis au sein de l’Alliance demeurent indispensables à la sécurité sur notre continent, faute d’une véritable Europe de la Défense « indépendante », idée pour laquelle la France est encore aujourd’hui isolée parmi ses partenaires de l’Union européenne. Si la dimension transatlantique reste une caractéristique essentielle de l’Alliance, l’Union européenne et plus particulièrement la France devront de leurs côtés désormais assumer une plus grande part de responsabilité et de dégager des moyens permettant d’assurer une vraie défense européenne, pour que puisse se créer un partenariat transatlantique vraiment équilibré.

L'après 60ème anniversaire de l’OTAN peut être et doit être le début d’une nouvelle ère dans laquelle la France devra jouer un rôle moteur pouvoir relever avec confiance les défis de demain.

Gregory DUFOUR
Président du Cercle Esprits de Défense

Crédit photo :
©  Regierungonline/Eisele avec l'aimable autorisation du gouvernement fédéral de la République fédérale d'Allemagne






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