1959-2009 : 50ème anniversaire de la défense aérienne sol-air de la Luftwaffe (Flugabwehrraketen)



1959-2009 : 50ème anniversaire de la défense aérienne sol-air de la Luftwaffe (Flugabwehrraketen)

Il y a 50 ans, la jeune République fédérale d’Allemagne, décidait de mettre en place une défense aérienne sol-air menée dans le cadre d’une forte coopération militaire avec les Etats-Unis et qui reste toujours d’actualité.

Alors qu’en France, nous allons assister très prochainement à la dissolution du dernier Régiment Hawk de l’Armée française (402ème Régiment d’Artillerie), il est apparu utile de pouvoir rappeler un projet issu de la Guerre froide qui, s’il a fortement marqué les relations Europe-Etats-Unis, reste encore d’actualité, aujourd’hui en 2009.

Les Sentinelles de la paix
Avec la création de la Bundeswehr en 1955, et son entrée au sein de l’OTAN, l’Allemagne fédérale se devait de participer à l’effort de défense au sein de l’Alliance. Dans le domaine de la défense sol-air, la création, le 1er avril 1959, du 21ème bataillon de missile sol-air à Cologne annonce la mise en place d’une entité sol-air au sein de la toute nouvelle Luftwaffe. En effet- l’apparition, dans les
années 1950, de bombardiers stratégiques capables de voler à des altitudes de 13 à 15 000 mètres et la proximité des bases de chasseurs à proximité de la frontière allemande fit apparaître des menaces contre lesquelles les canons anti-aériens ne pouvaient plus rien. Il fallut alors mettre en chantier un système de défense aérienne basée sur des missiles. C’est en 1959 qu’on vit alors apparaître les premières unités sol-air américaines équipées des missiles Nike-Ajax puis Nike Hercules. Ces systèmes étaient fixes ou semi-mobiles et étaient plus particulièrement destinés à une défense stratégique contre les bombardiers. (Les missiles Nike pouvaient être équipés d’une ogive nucléaire dans le cadre d’une utilisation sol-sol).

Face à la menace grandissante que représentaient les forces aériennes du Pacte de Varsovie en Europe (rappelons pour mémoire que Strasbourg n’était qu’à une demi-heure de vol pour un Mig !), l’Allemagne fédérale avec l’aide de son allié américain alignera en moins de trois ans six bataillons Nike. L’indispensable nécessité de créer une véritable barrière missile sol-air amena l’OTAN à renforcer celle-ci par l’affectation d’unités sol-air alliées supplémentaires provenant des forces américaines, belges, néerlandaises, et françaises (jusqu’en 1966). Stationnées sur l’ensemble du territoire allemand elles formèrent une vaste ceinture de sécurité sol-air partant de la mer du Nord jusqu'aux confins du lac de Constance en Forêt noire. La mise en place et le transfert de toutes ces unités prit du temps en raison des nombreux travaux d’infrastructures à réaliser sur les sites fixes prévus, et ne furent terminées qu’en 1973.

Face aux nombreuses crises qui secouèrent les relations Est-Ouest, tout au long de la Guerre froide, une seconde ceinture de protection fut rapidement créée, destinée à être mise en amont du dispositif de défense anti-aérien existant. Afin de rendre cette barrière plus performante il fallut également prévoir le remplacement des missiles Nike vieillissant devenant peu à peu obsolète dans la défense anti-aérienne de haute et moyenne altitude.

Aussi pour compléter le système Nike par un système de défense anti-aérien destiné à la lutte de moyenne portée contre tous types d'aéronef tactique mobile, les Américains avaient entamé des études sur les missiles sol-air à radar semi-actif. La firme Raytheon mit au point un système complet capable de frapper des aéronefs supersoniques à moyenne et basse altitude et d'accompagner une armée en campagne. Ce système s'appellera Hawk, acronyme de Homing All the Way Killer (tueur guidé tout au long de son vol).

Les nouveaux missiles Hawk équiperont rapidement les batteries d’artillerie de l’armée américaine et celles des forces alliées. Il s’ensuivit la création ad hoc de nouvelles unités et la Luftwaffe totalisera neuf bataillons Hawk s’additionnant aux six unités Nike déjà existantes.

En réunissant les deux systèmes d’armes l’on désirait conjuguer leur puissance de feu et créer un système complémentaire couvrant de la basse à la très haute altitude tout en étant relativement mobile. Mais malgré leur complémentarité relative il fallait bien vite reconnaître que le système existant avait ses limites.

Dans les années 80, les bureaux d’études de l’industrie d’armement américain poursuivirent leurs efforts afin de trouver le nouveau système d’arme qui puisse être capable de moderniser la défense sol-air. Après des années de recherches, l’armée américaine retiendra un système développé à l'arsenal de Redstone à Huntsville en
Alabama, et que l’on connaît sous la dénomination de « Patriot » qui est l'abréviation de « Phased Array Tracking to Intercept Of Target » (Poursuite à antenne active pour l'interception de cible).

Livré à partir de 1989, le Patriot combine alors un système avancé de missile d'interception anti-aérien renforcé avec l'un des plus performants radars du monde. Seul système d'arme anti-aérienne à avoir engagé un missile balistique avec succès il semble fournir la plate-forme idéale de protection ABM (anti-ballistic missile).

La livraison du Patriot à la défense sol-air allemande conduit au développement d’un nouveau concept dénommé « cluster ». Son objectif est la création de verrous opérationnels mobiles de défense sol-air permettant le déploiement d’unités mixtes composées de batteries de missiles Patriot, Hawk et Roland. La création de ces pôles sol-air demande alors une interopérabilité complète et une grande flexibilité tactique des différents systèmes d’armes pour gérer le « cluster ».

La chute du mur, la fin du conflit Est-Ouest bouleversèrent les missions antérieures assignées à la Bundeswehr exigeant une réorientation et une réorganisation complète des unités et de leurs garnisons. Les premières actions militaires visèrent à démanteler les sites fixes de la barrière sol-air de l’OTAN et le rapatriement des unités alliées. En outre, la Luftwaffe avait en charge, au même titre que les autres armées, de concourir à la destruction de l’aviation de l’ex-RDA. Les unités opérationnelles résiduelles se regroupèrent sous l’autorité d’un commandement sol-air allemand dont la mission première était la gestion de différents systèmes d'armes soviétiques et la réorganisation de la Luftwaffe. Dans ce cadre la dissolution des escadres Hawk fut décidée et s’achèvera quelques années plus tard.

Les conflits en ex-Yougoslavie et dans le Golfe pressèrent les hauts responsables politiques et militaires allemands à tenir leur engagement militaire au sein de la coalition ce qui fut le cas, non sans problèmes, des batteries sol-air déployées sur la frontière turquo-irakienne durant l’opération Tempête du désert.


Système Hawk du 402ème Régiment d'Artillerie de Chalons-en-Champagne
Système Hawk du 402ème Régiment d'Artillerie de Chalons-en-Champagne

La Formation des personnels
Dans ces débuts la formation des personnels de défense sol-air de la Luftwaffe se faisait sous l’autorité des cadres de l'US Army au sein de la base américaine de Fort Bliss au Texas. Au fil du temps cependant, l'armée allemande prit les rênes de la formation de ses personnels et créera en 1966 son propre centre de formation au sein de la base américaine. Ainsi l’ensemble des unités de formations allemandes sol-air quittèrent le sol de la RFA pour s’installer et rejoindre définitivement leur nouvelle affectation aux Etats-Unis.

Désormais la formation de tous les personnels officiers et sous-officiers spécialistes missiles sol-air se fait au « Centre école d’instruction et de formation tactique des missiles sol-air de la Luftwaffe »… au Texas. Outre la formation l’instruction et la spécialisation des équipages une section « développement » est en charge des travaux de conception de recherche et de la mise en œuvre des systèmes existants et futurs.

La défense sol air allemande aujourd’hui
Actuellement trois escadres allemandes sont équipées de batteries Patriot et du réseau d'opération combat SAMOC particulièrement performants. Elles peuvent agir en permanence sur le territoire fédéral ou dans le cadre de missions multinationales. La défense sol-air de l’armée de l’air allemande est actuellement composée de six groupes Patriot, réparties au nord et au sud de l’Allemagne sur la base de trois escadres sol air répartis de la manière suivante :

l’escadre de défense sol-air 1 « Schleswig Holstein » est composée des Groupes de défense missile sol-air 25 et 26 stationnés dans le Nord de l’Allemagne (villes de Husum et Stadum), il est en charge de la défense du territoire et des sites sensibles.

l’escadre de défense sol-air 2 « Mecklenburg Vorpommern » est une composante élargie de la défense aérienne du territoire fédéral. Elle peut être employée à accomplir des missions d’assistances extérieures. Elle rassemble les groupes de défense missiles sol-air 21 et 24.

l’escadre de défense sol-air 5 dépend administrativement de la 1ère Division aérienne basée à Fürstenfeldbruck Composée des groupes de missiles sol-air 22 et 23, c’est une unité opérationnelle de défense aérienne de l’OTAN. Ainsi en cas d’engagements décidés par l’OTAN elle passe sous le contrôle du « Combined Air Operations Centre 4 » de Messtetten en Bavière.

La défense  sol-air du futur
 
Son avenir se matérialise dans le projet d'armement trinational « Medium Extended Air Defense System » (MEADS) qui remplacerait définitivement le Hawk, et une partie du Patriot.

Effort d’une coopération transatlantique composée de Lockheed Martin (Etats-Unis), de Daimler Chrysler Aerospace AG (Allemagne), et d'Alenia Marconi Systems (Italie), ce futur système de défense antiaérien tactique sera capable de lutter contre toute forme de menace bombardiers supersoniques ou missiles.

MEADS permettra d'améliorer la couverture de défense aérienne sur des théâtres d’engagements militaires plus importants qui permettront d’améliorer la protection à la fois de sites civils et militaires. Grâce à sa capacité aéro-transportable (sur C 130), MEADS permettra d’assurer en tout lieu la défense anti-aérienne des forces de manœuvre sur n’importe quel théâtre d’opération. Il fournira un système polyvalent et une force de protection indispensable pendant toutes les phases d’opérations militaires terrestres. Il pourra aussi bien être employé dans le cadre d'un système intégré de défense aérienne, ou individuellement dans les opérations de stand-alone.

MEADS fournira dans les prochaines années le système de défense anti-aérien qui faisait cruellement défaut. Il semble apporter la réponse adéquate aux défis que représentent aujourd’hui la protection contre les missiles balistiques tactiques, les missiles de croisière et les drones.

Conclusion
Tout au long de la Guerre froide les unités sol-air allemandes et alliées de l’OTAN, ont été les garants de la défense anti-aérienne de l’Europe occidentale face à l’aviation de combat du Pacte de Varsovie. La capacité des ces unités à pouvoir intercepter et faire face 24 heures sur 24 à une possible incursion surprise (et massive) d’avions de combats ennemis contribuera de façon efficace à protéger durant plus de soixante ans l’Allemagne fédérale et des installations de l’Alliance Atlantique.

Alexandre Wattin
Commandant de la réserve citoyenne de l’Armée de l’Air
Administrateur du Cercle Esprits de Défense



Alexandre Wattin



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