Lundi 18 août 2008, 10 soldats français issus du 8ème Régiment de parachutistes d'infanterie de marine, du 2ème Régiment étranger de parachutistes et du Régiment de marche du Tchad ont été tués en Afghanistan par des talibans au cours d'une mission de reconnaissance conjointe avec l'armée nationale afghane. 21 autres de leurs camarades ont également été blessés.
Dans son communiqué, le Président de la République s'incline avec respect et émotion devant le courage de ces hommes qui ont accompli leur devoir jusqu'au sacrifice suprême. Jusqu'au sacrifice suprême. Ces trois mots sont lourds de significations.
Si les Etats-Unis se sont engagés, depuis les attentats du 11 septembre, en Afghanistan pour aller lutter contre Al-Qaïda et traquer Oussama Ben Laden, l'OTAN (et donc les Etats-Unis) a depuis pris place en Afghanistan et dirige, sous mandat de l'ONU, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS), force internationale de quelque 52 700 soldats qui aide les autorités afghanes à exercer et à étendre leur pouvoir et leur influence sur l'ensemble du pays.
La France a également décidé de s'engager dans le bourbier afghan depuis 2001 (voir la carte des positions françaises en Afghanistan). Ce sont plus de 3 000 soldats français qui y sont présents.
En avril dernier, le Président de la République, outre le fait qu'il avait annoncé son souhait de faire rentrer la France dans le commandement intégré de l'OTAN d'ici 2009, a décidé unilatéralement, sans passer par le Parlement, d'envoyer 700 soldats supplémentaires en Afghanistan au nom, de bien entendu, de cette fameuse et obscure lutte contre le terrorisme. En affirmant que nos soldats ont accompli leur devoir jusqu'au sacrifice suprême et à travers leur présence en Afghanistan, le Président de la République et le gouvernement français semblent considérer normal, (puisque nos soldats agissent sur ordre de leur hiérarchie et donc sur décision des politiques), que nos hommes puissent aller mourir pour rien dans une quasi indifférence générale. Pour rien car l'absence de stratégie visible de la France en Afghanistan, ne permet pas véritablement de dédouaner le Chef des Armées et le responsable de la Défense nationale de cette tragédie.
Ainsi depuis 2001, 14 soldats français sont tombés en Afghanistan. Ce nombre s'est accru hier. Il convient désormais d'ajouter à cette liste funéraire déjà trop longue les noms de nos 10 soldats tombés lundi sans oublier les nombreux blessés.
Face à cette tragédie, il convient qu'un vote puisse intervenir au Parlement en vertu de l'article 35, issu de la révision constitutionnelle de juillet dernier de notre Constitution, stipulant que le gouvernement doit demander l'autorisation pour prolonger une intervention militaire à l'étranger plus de 4 mois. Il conviendra à cette occasion au Gouvernement et au Parlement de s'expliquer très clairement sur l'intérêt pour la France d'être présente en Afghanistan notamment et sur « l'utilité » d'accepter d'envoyer nos soldats à la mort. Evidemment, il serait aisé pour certains (pour les plus atlantistes d'entre eux) de donner une réponse fort simple que les Américains ont rôdé depuis quelques années : la lutte contre le terrorisme sans pour autant expliquer de façon claire et stratégique l'utilité. Cette lutte contre le terrorisme que l'on souhaite combattre en Afghanistan mais aussi en France où le gouvernement souhaite tripler le nombre de caméras de surveillance toujours au nom de cette lutte contre le terrorisme et ce dans l'indifférence générale, 1 million de caméras de surveillance en France d'ici 2009, dans un pays qui se targue d'être le pays des droits de l'Homme et qui se permet à ce titre de donner des leçons à d'autres pays en se permettant sur son sol de restreindre la Liberté de ses citoyens.
En 2000, le Général Emmanuel de Richoufftz posait dans son livre une question à laquelle la France devra apporter une réponse très claire : pour qui meurt-on ? Il conviendrait de rajouter pourquoi meurt-on ?
Cette question est d'une incroyable actualité.
Des explications sur la mort de nos braves devront être données. Il devra y avoir également des explications pour ce qui concerne l'engagement de nos soldats dans le monde. L'Assemblée nationale commencera par auditionner le 27 août prochain les Ministres de la Défense et des Affaires étrangères. Viendront ensuite une déclaration du Gouvernement et un vote à partir du 22 septembre, date à partir de laquelle le Parlement se réunira en séance extraordinaire.